La parole qui tient debout

La parole qui tient debout

La parole qui tient debout 1590 928 #PIEcE

Quelques jours après avoir été démis de ses fonctions de Premier ministre, Ousmane Sonko prenait la parole à l’Assemblée nationale du Sénégal. Non pas pour se plaindre. Non pas pour menacer. Mais pour parler de morale. De responsabilité. De ce que signifie dire quelque chose en public.

C’était inattendu. Et c’est précisément pour ça que ça comptait.

La trahison de la parole

Philippe Breton, dans son livre « L’incompétence démocratique » nous explique pourquoi les crises de mobilisation politique ne sont pas d’abord des crises de programme. Ce sont des crises de parole. Quand les citoyens ne se lèvent plus, ce n’est pas parce qu’ils manquent d’idées. C’est parce qu’ils ne croient plus que les mots prononcés par leurs leaders correspondent aux actes qui suivront.

La trahison de la parole précède toujours la désaffection du peuple. Ce que Sonko a compris (ou du moins ce qu’il a dit) c’est que gouverner commence avant la décision. Ça commence dans la bouche. Dans l’alignement entre ce qu’on promet et ce qu’on fait. Dans la capacité à assumer sa parole même quand elle coûte.

Sonko n’a pas dit : « On m’a trahi. » Il a dit : nous avons besoin d’une éthique de la parole publique. C’est une différence considérable.

Foi dans la parole

Le psychanalyste Roland Gori va plus loin. Il affirme que la confiance, en politique comme dans toute relation humaine, « relève d’une foi dans la parole, dans une parole qui montre ce qu’elle dit, et dont la responsabilité ne se limite pas au moment où elle est prononcée. »

Il ne s’agit pas ici d’une parole qui promet. Mais d’une parole qui démontre par la cohérence de celui qui la porte. Il s’agit d’une parole qui dure. Qui s’étend dans le temps. Une parole qui se mesure à l’épreuve des faits.

C’est cela, la crédibilité. Ce n’est pas un capital qu’on accumule. La crédibilité est un engagement qu’on renouvelle chaque jour.

Restaurer la croyance…

L’Afrique politique, pour faire simple, traverse une crise de confiance structurelle, incontestablement. Et cette crise n’est ni une crise de leaders, ni une crise de visions. C’est une crise de parole (non) tenue.

Les peuples africains ne sont pas apathiques. Ils sont épuisés par la répétition d’un même mensonge habillé en promesse. Celui qui voudra les mobiliser demain devra d’abord comprendre ceci : on ne mobilise pas avec un programme. On mobilise en restaurant la croyance que les mots peuvent encore changer quelque chose.

Ce matin du 26 mai 2026 au Sénégal, un homme tombé a parlé de dignité. Peut-être qu’il avait tout perdu à court terme. Peut-être qu’il avait tout à reconstruire. Mais il avait encore sa parole. Et dans certains contextes, c’est la seule chose qui résiste vraiment.

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Des pyramides à bâtir.

« L’invocation par nous du passé seul, du passé simple, ne prouve rien pour le présent et l’avenir, alors que la convocation d’un présent médiocre ou calamiteux comme témoin à charge contre nous, peut mettre en doute notre passé et mettre en cause notre avenir. C’est pourquoi chaque Africaine, chaque Africain doit être, ici et maintenant, une valeur ajoutée. Chaque génération a des pyramides à bâtir. »
– Joseph Ki-Zerbo, extrait de son livre « Paroles d’hier pour aujourd’hui et demain »