{"id":16914,"date":"2026-08-03T15:11:42","date_gmt":"2026-08-03T13:11:42","guid":{"rendered":"https:\/\/congolobilelo.com\/pifonge\/?p=16914"},"modified":"2026-08-23T15:17:32","modified_gmt":"2026-08-23T13:17:32","slug":"qui-ecrit-le-recit-du-vote","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congolobilelo.com\/pifonge\/qui-ecrit-le-recit-du-vote\/","title":{"rendered":"Qui \u00e9crit le r\u00e9cit du vote ?"},"content":{"rendered":"<p><strong>Trois pays africains abordent, \u00e0 trois vitesses diff\u00e9rentes, la m\u00eame question sans y avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9s : qui \u00e9crit le r\u00e9cit d\u2019une \u00e9lection quand l\u2019infrastructure qui le porte (plateformes, mod\u00e8les de langage, syst\u00e8mes de recommandation) n\u2019est ni con\u00e7ue, ni h\u00e9berg\u00e9e, ni r\u00e9gul\u00e9e sur le continent ? La Zambie vote dans trois semaines. La RDC n\u00e9gocie, dans la confusion d\u2019une guerre et d\u2019une r\u00e9vision constitutionnelle, le report ou le maintien de son \u00e9ch\u00e9ance de 2028. Le S\u00e9n\u00e9gal construit d\u00e9j\u00e0, trois ans \u00e0 l\u2019avance, le duel qui opposera son pr\u00e9sident \u00e0 son propre Premier ministre.<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019intelligence artificielle g\u00e9n\u00e9rative n\u2019a invent\u00e9 aucune de ces fractures. Elle en abaisse le co\u00fbt de fabrication, en acc\u00e9l\u00e8re la diffusion et en d\u00e9place le contr\u00f4le vers des acteurs ext\u00e9rieurs au continent. La question pos\u00e9e aux d\u00e9cideurs africains n\u2019est donc plus, classiquement, de savoir qui remportera ces scrutins. Elle est plus large et plus urgente : qui d\u00e9finit les conditions dans lesquelles ces scrutins se d\u00e9rouleront ?<\/p>\n<h3><strong>L\u2019industrialisation d\u2019un mensonge ancien<\/strong><\/h3>\n<p>L\u2019Afrique n\u2019a pas attendu l\u2019intelligence artificielle pour conna\u00eetre la manipulation informationnelle \u00e9lectorale. Le bourrage d\u2019urnes all\u00e9gu\u00e9 en Zambie en 2021, la coupure d\u2019Internet impos\u00e9e \u00e0 Brazzaville le jour du scrutin de mars 2026, les rumeurs de fraude pr\u00e9fabriqu\u00e9es qui circulent avant m\u00eame l\u2019ouverture des bureaux de vote : ce r\u00e9pertoire est ancien, et il continuera d\u2019exister avec ou sans IA g\u00e9n\u00e9rative. Ce que la technologie transforme, c\u2019est l\u2019\u00e9conomie de production du mensonge politique. Un clonage vocal, une fausse d\u00e9claration attribu\u00e9e \u00e0 un candidat, une vague de faux t\u00e9moignages citoyens en langues locales : tout cela se fabrique d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019\u00e9chelle, sans expertise technique particuli\u00e8re, \u00e0 un co\u00fbt qui tend vers z\u00e9ro. La d\u00e9sinformation \u00e9lectorale, longtemps artisanale, devient industrielle.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"color: #0080ff;\"><strong>L\u2019Afrique n\u2019a pas attendu l\u2019intelligence artificielle pour conna\u00eetre la manipulation informationnelle \u00e9lectorale.\u00a0 Ce que la technologie transforme, c\u2019est l\u2019\u00e9conomie de production du mensonge politique.<\/strong><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette industrialisation s\u2019installe sur un terrain pr\u00e9par\u00e9 de longue date par l\u2019extraversion num\u00e9rique du continent. Aucune des trois commissions \u00e9lectorales concern\u00e9es \u2013 CENI congolaise, ECZ zambienne, DGE s\u00e9n\u00e9galaise \u2013 n\u2019a publi\u00e9 \u00e0 ce jour de doctrine sur l\u2019usage de l\u2019intelligence artificielle en p\u00e9riode \u00e9lectorale. La diffusion politique dans les trois pays reste enti\u00e8rement d\u00e9pendante de plateformes \u00e9trang\u00e8res (Meta, TikTok, X) dont les r\u00e8gles de mod\u00e9ration, de fact-checking et de labellisation des contenus synth\u00e9tiques se d\u00e9cident \u00e0 Menlo Park, \u00e0 P\u00e9kin ou \u00e0 Austin, jamais \u00e0 Kinshasa, \u00e0 Lusaka ou \u00e0 Dakar. Un rapport r\u00e9cent du Policy Center for the New South documente un risque sp\u00e9cifiquement africain, plus insidieux que le deepfake isol\u00e9 : l\u2019injection diffuse de r\u00e9cits fabriqu\u00e9s dans l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me informationnel, sans marquage d\u00e9tectable, qui contamine en amont les corpus sur lesquels s\u2019entra\u00eeneront les futurs mod\u00e8les d\u2019intelligence artificielle. L\u2019Afrique risque ainsi de devenir, une fois de plus, un continent dont les donn\u00e9es alimentent des syst\u00e8mes qu\u2019elle ne pilote pas.<\/p>\n<p>Le cadre habituellement propos\u00e9 par les bailleurs internationaux (celui du \u00ab potentiel de l\u2019IA pour la d\u00e9mocratie africaine \u00bb) m\u00e9rite la m\u00eame vigilance s\u00e9mantique que les \u00e9l\u00e9ments de langage relev\u00e9s dans la veille \u00e9lectorale de ces trois pays. \u00ab \u00c9lections pacifiques \u00bb, \u00ab campagne programmatique \u00bb, \u00ab environnement apais\u00e9 \u00bb : ces formules d\u00e9crivent l\u2019objectif affich\u00e9 des pouvoirs en place, jamais l\u2019\u00e9tat r\u00e9el du rapport de force. Le terme de \u00ab r\u00e9forme constitutionnelle \u00bb, employ\u00e9 \u00e0 Kinshasa pour qualifier le projet de r\u00e9f\u00e9rendum port\u00e9 au Parlement, d\u00e9signe dans les faits un m\u00e9canisme de remise \u00e0 z\u00e9ro du compteur des mandats pr\u00e9sidentiels. La neutralit\u00e9 apparente du vocabulaire administratif ne doit jamais se substituer \u00e0 la description du m\u00e9canisme politique qu\u2019il recouvre.<\/p>\n<h3><strong>Trois pays, trois horloges<\/strong><\/h3>\n<p>En Zambie, l\u2019\u00e9ch\u00e9ance est imm\u00e9diate. Douze candidats sont valid\u00e9s pour le scrutin du 13 ao\u00fbt 2026, o\u00f9 le pr\u00e9sident sortant Hakainde Hichilema brigue sa r\u00e9\u00e9lection sur bilan, face \u00e0 un pays dont pr\u00e8s de 60 % de la population a moins de vingt-cinq ans, largement connect\u00e9e par mobile, faiblement encadr\u00e9e par les partis traditionnels. La Conf\u00e9rence \u00e9piscopale catholique a appel\u00e9, d\u00e8s le 18 juillet, \u00e0 des \u00e9lections pacifiques : signe indirect d\u2019une tension d\u00e9j\u00e0 anticip\u00e9e par les autorit\u00e9s religieuses elles-m\u00eames. Le pr\u00e9c\u00e9dent de 2021, marqu\u00e9 par la contestation imm\u00e9diate d\u2019Edgar Lungu, constitue le sc\u00e9nario de r\u00e9f\u00e9rence pour 2026. En cas de r\u00e9sultat serr\u00e9, une vague de rumeurs de fraude amplifi\u00e9e par g\u00e9n\u00e9ration synth\u00e9tique pourrait se r\u00e9v\u00e9ler plus rapide \u00e0 diffuser, et plus difficile \u00e0 d\u00e9mentir, que son \u00e9quivalent analogique d\u2019il y a cinq ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"color: #0080ff;\"><strong>Aucune capacit\u00e9 nationale de d\u00e9tection de contenus synth\u00e9tiques, de labellisation ou de r\u00e9gulation des plateformes n\u2019existe \u00e0 un niveau op\u00e9rationnel dans aucun des trois pays. La bataille \u00e9lectorale africaine de l\u2019\u00e8re de l\u2019intelligence artificielle se joue ainsi sur une infrastructure enti\u00e8rement extravertie.<\/strong><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, la trajectoire est th\u00e9oriquement fix\u00e9e \u00e0 d\u00e9cembre 2028 et pratiquement disput\u00e9e d\u00e8s aujourd\u2019hui. Le pr\u00e9sident F\u00e9lix Tshisekedi a, le 6 mai 2026, conditionn\u00e9 publiquement la tenue de la pr\u00e9sidentielle \u00e0 la fin de la guerre \u00ab dans l\u2019Est \u00bb et \u00e9voqu\u00e9 un troisi\u00e8me mandat \u00ab si le peuple le veut \u00bb. Une proposition de loi organisant un r\u00e9f\u00e9rendum constitutionnel, adopt\u00e9e par l\u2019Assembl\u00e9e nationale en juin, ouvre la voie \u00e0 cette remise \u00e0 z\u00e9ro que le cardinal Fridolin Ambongo a publiquement d\u00e9nonc\u00e9e et que l\u2019opposition qualifie de coup d\u2019\u00c9tat constitutionnel. La guerre au Congo fonctionne comme une \u00e9conomie de la suspension : elle justifie \u00e0 la fois le report \u00e9lectoral et l\u2019absence de d\u00e9bat sur la r\u00e9vision constitutionnelle, pendant qu\u2019une CENI sous-financ\u00e9e peine \u00e0 achever le recensement de la population. L\u2019intelligence artificielle n\u2019y occupe pas encore le devant de la sc\u00e8ne. Elle en constitue d\u00e9j\u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan technologique, \u00e0 travers les drones et la guerre \u00e9lectronique qui redessinent le conflit, un terrain sur lequel la souverainet\u00e9 congolaise se trouve d\u00e9j\u00e0 largement extravertie.<\/p>\n<p>Au S\u00e9n\u00e9gal, la bataille pour 2029 s\u2019ouvre trois ans \u00e0 l\u2019avance, dans un pays o\u00f9 Bassirou Diomaye Faye gouverne depuis mars 2024 aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Ousmane Sonko, son Premier ministre. Une r\u00e9forme du code \u00e9lectoral adopt\u00e9e fin avril 2026 rouvre la voie \u00e0 une candidature de Sonko, initialement emp\u00each\u00e9 par une condamnation pour diffamation, pendant qu\u2019une rupture publique s\u2019installe entre les deux hommes depuis l\u2019automne 2025. La presse s\u00e9n\u00e9galaise \u00e9voque d\u00e9sormais, \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2026, un duel Faye-Sonko et n\u2019exclut pas un retour de Macky Sall. Faye structure d\u00e9j\u00e0 sa propre coalition territoriale jusque dans des bastions \u00e9lectoraux strat\u00e9giques comme Saint-Louis, signe d\u2019une pr\u00e9sidentialisation pr\u00e9coce de la comp\u00e9tition. Le S\u00e9n\u00e9gal dispose ainsi, seul des trois pays, du temps n\u00e9cessaire pour que l\u2019intelligence artificielle g\u00e9n\u00e9rative s\u2019installe comme outil de campagne structurant plut\u00f4t que comme arme de derni\u00e8re minute, et pour qu\u2019une comp\u00e9tition intra-coalition, particuli\u00e8rement fertile pour la d\u00e9sinformation cibl\u00e9e, mobilise les m\u00eames bases militantes num\u00e9riques les unes contre les autres.<\/p>\n<p>Trois calendriers, trois r\u00e9gimes de vuln\u00e9rabilit\u00e9, une m\u00eame absence : aucune capacit\u00e9 nationale de d\u00e9tection de contenus synth\u00e9tiques, de labellisation ou de r\u00e9gulation des plateformes n\u2019existe \u00e0 un niveau op\u00e9rationnel dans aucun des trois pays. La bataille \u00e9lectorale africaine de l\u2019\u00e8re de l\u2019intelligence artificielle se joue ainsi sur une infrastructure enti\u00e8rement extravertie.<\/p>\n<h3><strong>Trois r\u00e9cits, un m\u00eame silence strat\u00e9gique<\/strong><\/h3>\n<p>Trois r\u00e9cits coexistent dans les trois pays, souvent port\u00e9s par les m\u00eames acteurs selon l\u2019audience vis\u00e9e. Le premier est celui du progr\u00e8s in\u00e9vitable, port\u00e9 par les gouvernements et certains bailleurs, qui pr\u00e9sente l\u2019intelligence artificielle comme une modernisation de l\u2019administration \u00e9lectorale (biom\u00e9trie, d\u00e9pouillement assist\u00e9) et un gage de transparence. Ce r\u00e9cit sert aussi, structurellement, \u00e0 faire accepter une centralisation technique du processus \u00e9lectoral entre les mains de l\u2019ex\u00e9cutif et de ses prestataires. Le deuxi\u00e8me est le r\u00e9cit s\u00e9curitaire, dominant en RDC, o\u00f9 la menace M23 fonctionne comme justification simultan\u00e9e du report \u00e9lectoral et de l\u2019absence de d\u00e9bat constitutionnel. Le troisi\u00e8me est celui de la d\u00e9fiance citoyenne, particuli\u00e8rement vif en Zambie et au S\u00e9n\u00e9gal, o\u00f9 une jeunesse hyperconnect\u00e9e mais politiquement non align\u00e9e constitue le v\u00e9ritable terrain de bataille informationnel \u2013 la cible privil\u00e9gi\u00e9e du microciblage algorithmique et de la production massive de contenus, d\u2019origine nationale ou \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"color: #0080ff;\"><strong>Ce que l\u2019intelligence artificielle change r\u00e9ellement d\u00e9pend moins de la technologie elle-m\u00eame que du temps disponible pour s\u2019en saisir.<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Ce que l\u2019intelligence artificielle change r\u00e9ellement d\u00e9pend moins de la technologie elle-m\u00eame que du temps disponible pour s\u2019en saisir. La Zambie ne dispose d\u2019aucune fen\u00eatre d\u2019action : toute r\u00e9ponse doit \u00eatre pens\u00e9e pour trois semaines, pas pour un cycle de r\u00e9forme. La RDC dispose d\u2019une fen\u00eatre de six \u00e0 dix-huit mois, pendant laquelle trois sc\u00e9narios restent ouverts. Un glissement assum\u00e9, o\u00f9 le r\u00e9f\u00e9rendum s\u2019organise hors calendrier et o\u00f9 l\u2019IA joue un r\u00f4le secondaire de l\u00e9gitimation narrative. Un r\u00e9f\u00e9rendum rapide suivi d\u2019une \u00e9lection maintenue, o\u00f9 l\u2019IA devient un enjeu de premier plan entre un pouvoir dot\u00e9 de ressources techniques et une opposition qui ne les a pas. Une rupture ouverte, enfin, o\u00f9 l\u2019\u00c9glise et l\u2019opposition transforment la contestation du r\u00e9f\u00e9rendum en crise de l\u00e9gitimit\u00e9, et o\u00f9 la bataille informationnelle se joue d\u2019abord sur le contr\u00f4le du r\u00e9cit de la guerre elle-m\u00eame. Le S\u00e9n\u00e9gal, seul, dispose d\u2019un horizon de vingt-quatre \u00e0 trente-six mois, ce qui correspond \u00e0 un temps d\u2019un investissement \u00e9ditorial de fond plut\u00f4t que d\u2019une r\u00e9action d\u2019urgence.<\/p>\n<p>Le silence, dans ce contexte, n\u2019est jamais une position neutre. Ne rien dire publiquement sur l\u2019intelligence artificielle \u00e9lectorale revient \u00e0 laisser le cadrage du probl\u00e8me (et donc les solutions propos\u00e9es) \u00e0 des acteurs d\u00e9j\u00e0 positionn\u00e9s : fondations, plateformes, agences de fact-checking financ\u00e9es depuis l\u2019\u00e9tranger. C\u2019est l\u2019histoire connue de la production du savoir sur l\u2019Afrique, reconduite sur un nouveau terrain technologique. \u00c0 l\u2019inverse, un pr\u00e9bunking mal calibr\u00e9, produit dans la pr\u00e9cipitation, risque de nourrir une d\u00e9fiance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e plut\u00f4t qu\u2019une vigilance cibl\u00e9e : c\u2019est le risque document\u00e9 num\u00e9ro un. Entre ces deux \u00e9cueils se dessine un espace pour un acteur \u00e9ditorial qui parle depuis le continent, capable de nommer les m\u00e9canismes sans se substituer \u00e0 la d\u00e9cision politique elle-m\u00eame.<\/p>\n<h3><strong>Trois postures pour trois tempos<\/strong><\/h3>\n<p>Trois postures distinctes s\u2019imposent, \u00e0 la mesure des trois tempos observ\u00e9s. Pour la Zambie, la r\u00e9ponse utile est une veille resserr\u00e9e sur les rumeurs de fraude et les contenus synth\u00e9tiques en circulation autour du 13 ao\u00fbt, avec une capacit\u00e9 de v\u00e9rification rapide en anglais et dans les langues locales majoritaires, sans production de contenu nouveau, mais avec une capacit\u00e9 de r\u00e9action pr\u00eate si le sc\u00e9nario de contestation de 2021 se reproduit sous forme amplifi\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"color: #0080ff;\"><strong>Traiter \u00ab l\u2019intelligence artificielle dans les \u00e9lections africaines \u00bb comme un sujet unique et homog\u00e8ne serait la premi\u00e8re erreur strat\u00e9gique.<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Pour la RDC, la priorit\u00e9 est documentaire : consigner, sans attendre le d\u00e9nouement du bras de fer entre r\u00e9f\u00e9rendum et \u00e9lection, la mani\u00e8re dont le r\u00e9cit s\u00e9curitaire de la guerre \u00e0 l\u2019Est et le r\u00e9cit constitutionnel s\u2019articulent l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. C\u2019est un terrain naturel pour un futur num\u00e9ro de Palabres ou un plaidoyer, appuy\u00e9 sur l\u2019expertise d\u00e9j\u00e0 install\u00e9e sur la pens\u00e9e politique congolaise.<\/p>\n<p>Pour le S\u00e9n\u00e9gal, le temps disponible autorise un investissement de fond : construire, avant que le duel Faye-Sonko ne s\u2019installe dans une guerre de tranch\u00e9es num\u00e9rique, un cadre d\u2019analyse et un outillage de pr\u00e9bunking r\u00e9ellement s\u00e9n\u00e9galais, con\u00e7u depuis Dakar et non depuis Bruxelles ou Washington.<\/p>\n<p>Traiter \u00ab l\u2019intelligence artificielle dans les \u00e9lections africaines \u00bb comme un sujet unique et homog\u00e8ne serait la premi\u00e8re erreur strat\u00e9gique. Les trois calendriers, les trois r\u00e9gimes de vuln\u00e9rabilit\u00e9 et les trois rapports de force exigent trois postures distinctes (urgence r\u00e9active, documentation de crise, investissement de doctrine) et la capacit\u00e9 \u00e0 distinguer ces tempos vaut davantage qu\u2019un discours g\u00e9n\u00e9rique sur l\u2019intelligence artificielle et la d\u00e9mocratie. Le choix de la ou des options \u00e0 activer, leur calendrier et leur niveau de confidentialit\u00e9 rel\u00e8vent, en dernier ressort, de la d\u00e9cision politique et institutionnelle des acteurs concern\u00e9s.<\/p>\n<h3><strong>Reconqu\u00e9rir l\u2019infrastructure cognitive du vote<\/strong><\/h3>\n<p>Aucune des trois \u00e9lections examin\u00e9es ici ne se jouera sur l\u2019intelligence artificielle seule. Chacune se jouera sur la capacit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s congolaise, zambienne et s\u00e9n\u00e9galaise \u00e0 nommer, dans leurs propres termes, ce qui se joue derri\u00e8re l\u2019\u00e9cran d\u2019un smartphone au moment o\u00f9 un citoyen forme son jugement \u00e9lectoral. L\u2019infrastructure cognitive du vote africain reste aujourd\u2019hui h\u00e9berg\u00e9e ailleurs. La reconqu\u00e9rir n\u2019est pas affaire de trois semaines, ni m\u00eame de trois ans : c\u2019est un chantier de souverainet\u00e9 qui commence par le refus de traiter la technologie comme un simple outil neutre, et qui se poursuit par la construction, patiente et document\u00e9e, d\u2019une capacit\u00e9 africaine \u00e0 d\u00e9crire, anticiper et contester le r\u00e9cit qu\u2019on tente d\u2019imposer aux urnes du continent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trois pays africains abordent, \u00e0 trois vitesses diff\u00e9rentes, la m\u00eame question sans y avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9s : qui \u00e9crit le r\u00e9cit d\u2019une \u00e9lection quand l\u2019infrastructure qui le porte (plateformes, mod\u00e8les de langage, syst\u00e8mes de recommandation) n\u2019est ni con\u00e7ue, ni h\u00e9berg\u00e9e, ni r\u00e9gul\u00e9e sur le continent ? La Zambie vote dans trois semaines. 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