{"id":7095,"date":"2014-11-22T22:11:05","date_gmt":"2014-11-22T22:11:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ingeta.com\/?p=7095"},"modified":"2014-11-22T22:11:05","modified_gmt":"2014-11-22T22:11:05","slug":"revelations-fracassantes-de-christopher-black-sur-le-tribunal-darusha","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/revelations-fracassantes-de-christopher-black-sur-le-tribunal-darusha\/","title":{"rendered":"R\u00e9v\u00e9lations fracassantes de Christopher Black sur le tribunal d&#8217;Arusha"},"content":{"rendered":"<p>\t\t\t\tPar <a href=\"http:\/\/www.globalresearch.ca\/rwanda-and-the-criminalisation-of-international-justice-anatomy-of-war-crimes-trials\/5408604\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Christopher Black<\/a> (traduit par Kodakombu Missinga Migulu)<\/p>\n<p><strong>Dans un article publie par GLOBAL RESEARCH le 19 octobre 2014 et repris par La Tribune Franco-Rwandaise, Christopher Black rapporte que l\u2019ordre donne par l\u2019Otan   d\u2019attaquer le r\u00e9gime de la Libye en 2011 et d\u00e9f\u00e9rer le pr\u00e9sident Muammar Gadaffi devant la Cour Criminelle Internationale (ICC ) faisait \u00e9cho a une attaque semblable de l\u2019Otan contre la Yougoslavie en 1999. Les leaders de ces deux pays ont connu le m\u00eame sort : tu\u00e9s. Ces attaques avaient toutes la m\u00eame justification, servir d\u2019outils de propagande pour justifier  l\u2019agression et l\u2019\u00e9limination des gouvernements qui refusent de se mettre \u00e0 genoux devant le pouvoir de l\u2019Otan. (Lire la suite s.v.p.)<\/strong><\/p>\n<p>La Cour internationale criminelle de justice est devenue une machine de guerre totale non pas pour juger les criminels qui s\u2019engagent dans des guerres d\u2019extermination des vies des populations, mais plut\u00f4t, pour \u00e9liminer les leaders politiques qui r\u00e9sistent contre le dictat de l\u2019Occident. <\/p>\n<p>Milosevic et Gadhaffi ne sont pas les seules victimes de cette structure juridique internationale de r\u00e9pression contre les r\u00e9sistants. La liste est longue et comprend:<br \/>\nLe Pr\u00e9sident Saddam Hussein de l&#8217;Irak,<br \/>\nLe Pr\u00e9sident Charles Taylor du Lib\u00e9ria,<br \/>\nLe Premier ministre Jean Kambanda, du Rwanda,<br \/>\nLe Pr\u00e9sident Laurent Gbagbo de la C\u00f4te d&#8217;Ivoire,<br \/>\nLe Pr\u00e9sident B\u00e9chir du Soudan et le Pr\u00e9sident Uhuru Kenyatta du Kenya.<\/p>\n<p>Les accusations port\u00e9es contre tous ces leaders ont \u00e9t\u00e9  forg\u00e9es \u00e0 partir d\u2019un ensemble de m\u00e9thodes contraires \u00e0 la proc\u00e9dure juridique l\u00e9gale reconnue dans les pays dits \u00ab d\u00e9mocratiques \u00bb.<br \/>\nR\u00e9cemment, on a parl\u00e9 dans la presse occidentale des accusations port\u00e9es contre le pr\u00e9sident Putin. Nous pouvons comprendre maintenant combien absurde et surr\u00e9aliste le jeu est devenu.<br \/>\nLe r\u00f4le structural, que ces tribunaux ont jou\u00e9 dans la tentative des \u00c9tats-Unis et ses alli\u00e9s de l&#8217;OTAN pour cr\u00e9er un nouvel ordre mondial a \u00e9t\u00e9 analys\u00e9 et d\u00e9crit par d&#8217;\u00e9minents juristes et \u00e9crivains du monde entier.<\/p>\n<p>Depuis que je suis devenu avocat d\u2019un pr\u00e9venu devant l\u2019ICC, j&#8217;ai voulu contribuer \u00e0 la compr\u00e9hension par le public, de la nature criminelle de cette machine de la justice internationale, en pr\u00e9sentant certains \u00e9l\u00e9ments concrets des irr\u00e9gularit\u00e9s, manipulations et autres subterfuges de cette cour dont j\u2019ai, moi-m\u00eame, fait l\u2019exp\u00e9riences dans ma mission de d\u00e9fendre un prisonnier politique particulier,  d\u00e9tenu depuis plusieurs ann\u00e9es par la fameuse cour criminelle internationale de justice.<br \/>\nJe parlerai \u00e9galement des pratiques scandaleuses du TPIY dans le proc\u00e8s de Milosevic auquel j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 par le biais de son Comit\u00e9 international de la d\u00e9fense. Ces pratiques scandaleuses sont d\u2019ailleurs bien connues de tous puisqu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 relat\u00e9es par un certain nombre de personnalit\u00e9s et \u00e9crivains.<\/p>\n<p>Il y a de nombreuses victimes \u00e0 travers le monde qui attendent le jugement de ces tribunaux internationaux car il y en a plusieurs en ce moment. Mais je vais me concentrer sur le cas pr\u00e9cis de mon client, lequel peut servir d\u2019exemple parmi tant d\u2019autres semblables.<\/p>\n<p>Il est bien de noter que quand j&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire ce document, je n\u2019avais aucune intention d\u2019en faire un livre.  J&#8217;ai du prendre cette d\u00e9cision seulement plus tard en r\u00e9alisant combien vaste et complexe sont les intrigues des ceux qui tirent les ficelles au sein de la cour internationale criminelle.<br \/>\n  Mais ce que vous allez lire ici n\u2019est qu&#8217;un sommaire de la toile d\u2019araign\u00e9e que repr\u00e9sente r\u00e9ellement ce qu&#8217;\u2019on appelle, Cour Criminelle Internationale de Justice.<\/p>\n<p>[su_quote]<\/p>\n<h3>C&#8217;\u00e9tait eux, USA et alli\u00e9s qui contr\u00f4laient cette guerre et c&#8217;\u00e9tait eux qui ont d\u00e9clench\u00e9 la violence d&#8217;une ampleur sans pr\u00e9c\u00e9dent, y compris la sauvagerie qui en suivra, simplement pour renverser un r\u00e9gime qui a \u00e9t\u00e9 un obstacle \u00e0 une plus grande conqu\u00eate des richesses du Congo.<\/h3>\n<p>[\/su_quote]<\/p>\n<p>Dans ce sommaire, je parlerai du tribunal pour le Rwanda parce qu&#8217;il m\u2019est le plus familier et parce que la guerre au Rwanda est utilis\u00e9e maintes et maintes fois par les \u00c9tats-Unis dans sa propagande pour justifier ce que l&#8217;on appelle \u2018ses guerres d&#8217;intervention\u2019.<\/p>\n<p>Les \u00c9tats-Unis all\u00e8gent que les violences qui ont eu lieu au Rwanda en 1994 ne se seraient pas produites si seulement l&#8217;Am\u00e9rique et autres pays de l\u2019occident ne les avaient pas ignor\u00e9es !<br \/>\nNous savons maintenant apr\u00e8s 15 ans de jugements, t\u00e9moignages  et enqu\u00eates,  que l&#8217;Am\u00e9rique et ses alli\u00e9s sont directement intervenus. C&#8217;\u00e9tait eux, USA et alli\u00e9s qui contr\u00f4laient cette guerre et c&#8217;\u00e9tait eux qui ont d\u00e9clench\u00e9 la violence d&#8217;une ampleur sans pr\u00e9c\u00e9dent, y compris la sauvagerie qui en suivra, simplement pour renverser un r\u00e9gime qui a \u00e9t\u00e9 un obstacle \u00e0 une plus grande conqu\u00eate des richesses du Congo.<\/p>\n<p>Leurs forces militaires, nous le savons maintenant, ont fait l&#8217;essentiel du travail de la mise \u00e0 mort des milliers de populations du Rwanda et du Congo.<br \/>\nLe pr\u00e9sident Clinton a purement et simplement menti en pr\u00e9tendant que les Etats-Unis, son pays,  n&#8217;\u00e9tait pas impliqu\u00e9. Il est aujourd\u2019hui prouv\u00e9 que ce fut l\u2019un des  grands mensonges de l&#8217;histoire.<\/p>\n<p>Boutros-Ghali, alors secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ONU a affirm\u00e9 en 2004 \u00e0 l&#8217;\u00e9crivain Canadien Robin Philpot,  que \u00ab Les Am\u00e9ricains sont 100 % responsables de ce qui s&#8217;est pass\u00e9 au Rwanda \u00bb.<br \/>\nClinton a accept\u00e9 de porter ce grand mensonge comme une m\u00e9daille d\u2019honneur dans le seul but d\u2019assurer le succ\u00e8s, \u00e0 travers les puissants m\u00e9dias du monde, de la campagne de propagande en faveur de la cr\u00e9ation du Tribunal p\u00e9nal international pour le Rwanda (TPIR), mis en place et financ\u00e9 par les pays de l&#8217;OTAN et les  soci\u00e9t\u00e9s Soros, connect\u00e9es aux ONG sous le contr\u00f4le des tribunaux yougoslaves, Sierra Leone et Hariri.<\/p>\n<p>En janvier 2000, le g\u00e9n\u00e9ral Augustin Ndindiliyimana, l&#8217;ancien chef d&#8217;\u00e9tat-major de la gendarmerie du Rwanda et le plus haut officier militaire rwandais en 1994, a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 en Belgique sur base d\u2019un acte d&#8217;accusation \u00e9mis par Carla Del Ponte, alors procureur de l&#8217;International Criminal Tribunal pour le Rwanda, le TPIR. Il s&#8217;\u00e9tait enfui en Belgique en juin 1994 apr\u00e8s avoir re\u00e7u des menaces sur sa vie. Son entr\u00e9e en Belgique a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9e par le  ministre belge des affaires \u00e9trang\u00e8res, Willy Claeys, devenu plus tard Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;OTAN, qui a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, que le g\u00e9n\u00e9ral avait sauv\u00e9 la vie de nombreux rwandais.<\/p>\n<p>L&#8217;arrestation du g\u00e9n\u00e9ral Augustin Ndindiliyimana a ouvert la porte \u00e0 une s\u00e9rie noire de pratiques criminelles au niveau du Tribunal que d\u2019aucuns ne pouvait imaginer.<br \/>\nIl a \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cul\u00e9 dans la presse belge \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, que son arrestation \u00e9tait due \u00e0 des raisons politiques. En effet, 11 ans plus tard, cette hypoth\u00e8se a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e lorsque les juges de Premi\u00e8re Instance ont rendu leur jugement.<br \/>\nIls ont d\u00e9clar\u00e9, lors du jugement en date du 17 mai 2011 ce qui suit : le g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme un politique &#8220;mod\u00e9r\u00e9&#8221; au cours de la guerre du Rwanda de 1990-94. Un Hutu respect\u00e9 tant par les Tutsis que par les Hutu selon les t\u00e9moignages de plusieurs personnes, y compris les t\u00e9moins \u00e0 charge. Ce Hutu et ses gendarmes n&#8217;ont pas commis de crimes contre des civils. Au contraire, ils ont tent\u00e9  de prot\u00e9ger tous ceux qu\u2019ils pouvaient.<\/p>\n<p>Alors pourquoi \u00e9tait-il arr\u00eat\u00e9 ?<br \/>\nSimplement parce qu&#8217;il \u00e9tait un leader potentiel du pays qui refusait de coop\u00e9rer avec le r\u00e9gime du FPR  install\u00e9 par les Etats-Unis apr\u00e8s la guerre; et parce qu&#8217;il savait trop sur ce qui s&#8217;est r\u00e9ellement pass\u00e9 au Rwanda sous le pouvoir du FPR, lequel \u00e9tait r\u00e9ellement responsable de la violence.<br \/>\nLe g\u00e9n\u00e9ral ne pouvait ignorer non plus que les forces des Nations Unies et des am\u00e9ricains, malgr\u00e9 les d\u00e9n\u00e9gations de Clinton, ont directement particip\u00e9 \u00e0 la derni\u00e8re offensive du FPR de 1994 et \u00e0 l&#8217;assassinat du Pr\u00e9sident Habyarimana. Toutes ces raisons ont sans doute contribu\u00e9 \u00e0 son arrestation.<\/p>\n<p>Mais il est rapidement apparu que le procureur a utilis\u00e9 l\u2019arrestation de  Ndindiliyimana comme un moyen pour r\u00e9colter des faux t\u00e9moignage contre le Colonel Th\u00e9oneste Bagosora, ancien vice-premier ministre charg\u00e9 de la d\u00e9fense au Rwanda qui \u00e9tait leur cible principale, le \u00abbig fish \u00bb de la prospection.<\/p>\n<p>[su_quote]<\/p>\n<h3>En 2003, un avocat Ecossais, Andrew McCarten, engag\u00e9 pour la d\u00e9fense d\u2019un autre accus\u00e9 du TPIR, est venu me voir \u00e0 Toronto, affirmant que les services du tribunal \u00e0 tous les niveaux \u00e9taient sous le contr\u00f4le du gouvernement des Etats-Unis et de la CIA, ajoutant qu&#8217;\u2019il craignait pour sa vie. L\u2019avocat \u00e9tait terriblement agit\u00e9. Il m\u2019assurera avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 New York pour tenter de rencontrer Bill Clinton et avait \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 hors de son bureau. Il me fera part d\u2019informations en sa possession sur le r\u00f4le de l&#8217;arm\u00e9e am\u00e9ricaine et de la CIA au sein du tribunal, promettant de me transmettre des documents bien plus sombres l\u00e0-dessus. Le tribunal, me dira-t-il, l\u2019aurait accus\u00e9 d&#8217;irr\u00e9gularit\u00e9s financi\u00e8res et l\u2019aurait chass\u00e9. Deux semaines plus tard, le pauvre homme \u00e9tait mort ! La police ne d\u00e9c\u00e8lera aucune cause de l\u2019accident de voiture dans laquelle il se trouvait et que l\u2019on d\u00e9couvrira dans une falaise en \u00c9cosse. Il fut un avocat militaire de l&#8217;\u00c9cosse avant cet accident.<\/h3>\n<p>[\/su_quote]<\/p>\n<p>Les m\u00e9thodes criminelles utilis\u00e9es contre le g\u00e9n\u00e9ral ont commenc\u00e9 imm\u00e9diatement \u00e2pres son arrestation. Lui et son avocat \u00e0 Bruxelles se sont entretenus avec deux officiels de la prospection affirmant alors que l&#8217;acte d&#8217;accusation contre Ndindiliyimana \u00e9tait une simple formalit\u00e9 pour donner la comp\u00e9tence au TPIR de gagner sa coop\u00e9ration en les accompagnant a Arusha ou le procureur devrait l\u2019interroger \u00e0 propos des \u00e9v\u00e9nements survenus au Rwanda.<\/p>\n<p>Le r\u00e8glement  du TPIR exige que l\u2019acte d\u2019accusation soit  pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019accus\u00e9  sur la saisie conservatoire. Il ne l\u2019a pas \u00e9t\u00e9. N\u00e9anmoins, l\u2019accus\u00e9 a volontairement accompagn\u00e9 les officiels du TPIR en Tanzanie et a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diatement jet\u00e9 en prison.<br \/>\nEn juin 2000, Ndindiliyamana m&#8217;a contact\u00e9 par lettre et m&#8217;a demand\u00e9 d&#8217;\u00eatre son avocat. J&#8217;ai accept\u00e9 et il a inscrit mon nom au registre des assign\u00e9s. Mais le personnel du TPIR a tente de le dissuader de se confier \u00e0 moi, disant que je n&#8217;avais aucune exp\u00e9rience, que je ne pouvais pas parler Fran\u00e7ais, (il ne parlait pas anglais) ; affirmations toutes fausses visant \u00e0 le persuader de prendre des avocats recommand\u00e9s par la TPIY. C&#8217;est une occurrence fr\u00e9quente au TPIY et R, devenue, maintenant la norme \u00e0 la CPI.<\/p>\n<p>Les avocat de la d\u00e9fense qui sont per\u00e7us comme trop exigeants et pr\u00eats \u00e0 d\u00e9baller tous les dessous des cartes afin que la justice triomphe m\u00eame si le ciel doit tomber \u2013 ou encore, comme le dit Kant, &#8220;que la justice r\u00e8gne au p\u00e9ril de tous les coquins du monde &#8220;; ces avocats sont l\u2019objet de suspicion,  de man\u0153uvres dilatoires et de coups bas. Rien n\u2019est \u00e9pargn\u00e9 pour les \u00e9loigner des accus\u00e9s en faveur des avocats qui sont soit accommodants avec les principes de la justice, ou travaillent en connivence avec les puissances occidentales.<br \/>\nLa guerre ouverte entre le TPIR \u00e0 Arusha et les avocats scrupuleux aux r\u00e8gles de leur profession est \u00e0 tel point que certains membres de la d\u00e9fense ont \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s en prison \u00e0 la suite des accusations forg\u00e9es par la prospection comme mesure d\u2019intimidation.<\/p>\n<p>Un exemple typique est celui survenu r\u00e9cemment dans l&#8217;affaire Bemba \u00e0 la CPI. Cependant, Ndindiliyimana a persist\u00e9 dans sa d\u00e9cision et finalement, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 le repr\u00e9senter au cours de l\u2019\u00e9t\u00e9 de l\u2019ann\u00e9e 2000. Ma premi\u00e8re tache en ma qualit\u00e9 de d\u00e9fenseur \u00e9tait, \u00e9videmment, de mettre la main sur l&#8217;acte d&#8217;accusation et de voir quelles \u00e9taient les charges port\u00e9es contre mon client. Cela s\u2019est av\u00e9r\u00e9 plus difficile que je ne le soup\u00e7onnais.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il il m\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 finalement de prendre connaissance de l\u2019acte d\u2019accusation, je me rendis compte avec \u00e9tonnement qu&#8217;\u2019il s\u2019agissait d\u2019un simple \u00e9nonc\u00e9 de faits divers lui reproch\u00e9s plut\u00f4t que d&#8217;une accusation criminelle. Cet \u00e9nonc\u00e9e de faits divers \u00e9tait r\u00e9dig\u00e9 sous forme d\u2019un document de propagande du genre qu&#8217;on appelle, en terme politique, \u00ab un tract \u00bb de 65 pages apparemment destin\u00e9 \u00e0 la consommation des medias dont le principal objectif \u00e9tait de porter pr\u00e9judice \u00e0 l&#8217;accus\u00e9 aux yeux des juges.<\/p>\n<p>En d&#8217;autres termes, c&#8217;\u00e9tait un document de pure propagande politique \u00e9crit dans le style appropri\u00e9 \u00e0 ce type de mat\u00e9riel qui vise \u00e0 nuire malicieusement plut\u00f4t qu&#8217;a \u00e9tablir la justice. L&#8217;autre surprise a \u00e9t\u00e9 de constater que des lignes enti\u00e8res, des sections et nombreuses  pages de ce document \u00e9taient curieusement ray\u00e9es ou noircies, y compris les noms des coaccus\u00e9s.<br \/>\n\u00c0 son arriv\u00e9e \u00e0 Arusha le g\u00e9n\u00e9ral Ndindiliyimana n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 conduit imm\u00e9diatement devant un juge pour une comparution initiale comme l&#8217;exige le r\u00e8glement de proc\u00e9dure du TPIR. Au lieu de cela, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenu au secret pendant pr\u00e8s de 4 mois et n&#8217;a pas fait sa premi\u00e8re apparition devant les juges du tribunal jusqu&#8217;au 28 avril de la m\u00eame ann\u00e9e. Le d\u00e9lai \u00e9tait une tactique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e destin\u00e9e \u00e0 ramollir le prisonnier psychologiquement.<\/p>\n<p>La m\u00eame tactique a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e contre d\u2019autres prisonniers. L\u2019exemple typique est  celui du premier ministre Jean Kambanda, qui, au lieu d&#8217;\u00eatre conduit devant un juge sur la saisie conservatoire, a \u00e9t\u00e9, plut\u00f4t, gard\u00e9 \u00e0 un emplacement situ\u00e9 \u00e0 des centaines de kilom\u00e8tres du tribunal, d\u00e9tenu au secret pendant neuf mois et menac\u00e9 par deux agents de police canadienne  tous les jours pour le forcer \u00e0 avouer des crimes qu&#8217;il n&#8217;avait jamais commis.<\/p>\n<p>Quand Ndindiliyimana sera enfin conduit devant le juge, l\u2019avocat lui assign\u00e9 objectera que l\u2019accus\u00e9 \u00e9tait invit\u00e9 \u00e0 plaider en face d\u2019une accusation \u00e0 moitie blanche. Le juge est rest\u00e9 cependant indiff\u00e9rent.<\/p>\n<p>\u00c0 mon arriv\u00e9e au tribunal, en juillet 2000, une femme s&#8217;approcha de moi dans un couloir des bureaux du tribunal et m\u2019informa qu&#8217;elle \u00e9tait en charge de l&#8217;\u00e9quipe de pros\u00e9cution et qu&#8217;elle voulait s\u2019entretenir avec moi. Elle m&#8217;informa qu&#8217;elle n&#8217;\u00e9tait pas seulement un avocat. Elle portait le titre de Colonel dans les r\u00e9serves de l&#8217;arm\u00e9e de l&#8217;Air des USA. Elle a demand\u00e9 \u00e0 me rencontrer le lendemain pour discuter d&#8217;un accord \u00e9trange, si l&#8217;on consid\u00e8re les accusations de g\u00e9nocide qu&#8217;ils avaient prof\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019endroit de mon client.<\/p>\n<p>Le lendemain, une vingtaine de personnes est venue dans la salle de r\u00e9union o\u00f9 j&#8217;\u00e9tais assis seul. La tentative de m&#8217;intimider \u00e9tait claire. Le colonel am\u00e9ricain a fait diverses propositions visant \u00e0 nous amener \u00e0 coop\u00e9rer et \u00e0 t\u00e9moigner pour la pros\u00e9cution. Nous avons soutenu que les charges, telles qu&#8217;elles \u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9es \u00e9taient fausses. Que nous ne pouvions en aucun cas accepter l\u2019arrestation du g\u00e9n\u00e9ral et sa d\u00e9tention comme un moyen de le forcer \u00e0 donner des faux t\u00e9moignages. Ce faisant, nous avons exig\u00e9 un proc\u00e8s en bonne et due forme.<\/p>\n<p>Signalons, en passant, que j\u2019ai entendu plusieurs fois dans des r\u00e9unions priv\u00e9es des officiels des Nations Unies, certains \u00e0 des niveaux \u00e9lev\u00e9s, d\u00e9clarer que tout le monde au tribunal \u00e9tait conscient que le g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tait un homme bon et nullement coupable de quoi que ce soit. Mais, avouera un initi\u00e9, tout le monde ici doit s\u2019accommoder \u00ab au jeu des am\u00e9ricains \u00bb. Cet initi\u00e9 me recommandera d\u2019\u00eatre perspicace pour ne pas me laisser prendre.<\/p>\n<p>Lors de mon prochain voyage \u00e0 Arusha, quelques mois plus tard, dans le cadre d\u2019une requ\u00eate que j\u2019avais introduite pour la lib\u00e9ration de mon client, je me suis rendu compte que ce dernier avait \u00ab disparu \u00bb de la prison. Les gardes de l&#8217;ONU et de la Tanzanie ont refus\u00e9 de me dire o\u00f9 il \u00e9tait. Il m\u2019a fallu toute une journ\u00e9e d&#8217;arguments d\u00e9sagr\u00e9ables avec les fonctionnaires obstructifs pour apprendre qu&#8217;il avait \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 un UN refuge dans la ville d&#8217;Arusha. On pr\u00e9tendra, pour excuse, qu&#8217;il \u00e9tait en danger avec d&#8217;autres prisonniers. En r\u00e9alit\u00e9, c&#8217;\u00e9tait simplement une tactique pour l\u2019isoler psychologiquement,  l&#8217;affaiblir, l\u2019adoucir autant que pour le discr\u00e9diter aux yeux d\u2019autres prisonniers en faisant croire qu&#8217;\u2019il avait conclu un \u00ab pacte secret \u00bb avec la pros\u00e9cution.<\/p>\n<p>Nous avons exig\u00e9, mais sans succ\u00e8s, qu&#8217;il soit ramen\u00e9 au lieu de d\u00e9tention des Nations Unies jusqu&#8217;\u00e0 ce que j&#8217;ai eu recours \u00e0 la presse. De peur que la nouvelle provoque un scandale, deux jours  apr\u00e8s sa publication, le g\u00e9n\u00e9ral a \u00e9t\u00e9 ram\u00e8ne \u00e0 la prison des Nations Unies, o\u00f9, peu de temps apr\u00e8s, il \u00e9tait \u00e9lu chef du Comit\u00e9 par ses Co-prisonniers.<br \/>\nAu cours des 4 ann\u00e9e qui suivront sa d\u00e9tention, nous avons \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 de constantes man\u0153uvres d&#8217;obstruction dans tous nos efforts pour d\u00e9nouer la toile d\u2019araign\u00e9e autour de son cas et d\u00e9terminer s\u2019il aurait jamais un proc\u00e8s, et si oui, quand aurait-il lieu et ou?<\/p>\n<p>Dans l\u2019entretemps, des offres r\u00e9p\u00e9t\u00e9es nous ont \u00e9t\u00e9 faites par les procureurs, y compris une, sensationnelle, de laisser tomber toutes les charges. En fin de compte, nous les avons toutes rejet\u00e9es en affirmant que le g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tait innocent; que son arrestation et d\u00e9tention visaient simplement \u00e0 le forcer de t\u00e9moigner en faveur de la pros\u00e9cution; qu&#8217;\u2019il ne pouvait faire un tel choix que le jour ou il retrouverait ses droits et pouvait agir en homme libre.<\/p>\n<p>Nos exigences pour un proc\u00e8s exp\u00e9ditif n\u2019ont rencontr\u00e9 qu&#8217;indiff\u00e9rence, de m\u00eame que nos demandes pour la divulgation de tout l\u2019acte d\u2019accusation sur lequel devait \u00eatre fond\u00e9 le proc\u00e8s. L\u2019accusation tenait cach\u00e9s des milliers de documents disculpatoires contre le g\u00e9n\u00e9ral qui ne venaient \u00e0 la lumi\u00e8re que par accident.<br \/>\nIncapables d\u2019obtenir la divulgation compl\u00e8te de l\u2019acte d\u2019accusation, nous \u00e9tions oblig\u00e9s de recourir a une strat\u00e9gie de d\u00e9fense fond\u00e9e sur ce que nous avons pu comprendre comme \u00e9tant la ligne des accusations de la pros\u00e9cuction.<\/p>\n<p>Et pour compliquer davantage les probl\u00e8mes, on nous a aussi refus\u00e9 des missions d&#8217;enqu\u00eate indispensables pour localiser et rencontrer des t\u00e9moins en vue de construire notre d\u00e9fense. Des incidents dignes d\u2019une grande com\u00e9die se produiront tout au long des efforts des divers avocats de la d\u00e9fense. Un avocat Irlandais d\u00e9couvrira, par le biais de contacts sympathiques, un syst\u00e8me d\u2019\u00e9coute t\u00e9l\u00e9phonique install\u00e9 dans le Bureau de s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;ONU qui permettait de suivre les communications t\u00e9l\u00e9phoniques dans les bureaux des avocats de la d\u00e9fense.<\/p>\n<p>Nous apprendrons ensuite la pr\u00e9sence au sein de la d\u00e9fense d\u2019un avocat travaillant comme agent du procureur. Certains Avocats s\u2019apercevront qu&#8217;ils \u00e9taient  suivis et leurs chambres d&#8217;h\u00f4tel cambriol\u00e9es. D\u2019autres affirmeront avoir \u00e9t\u00e9 contact\u00e9s par des femmes pay\u00e9es par les services de renseignement de la Tanzanie et du Rwanda pour les recruter.<br \/>\nDes rumeurs de toutes sortes circulaient dans le centre de d\u00e9tention des Nations Unies visant \u00e0 discr\u00e9diter les avocats de la d\u00e9fense aux yeux de leurs clients.<\/p>\n<p>En 2003, un avocat Ecossais, Andrew McCarten, engag\u00e9 pour la d\u00e9fense d\u2019un autre accus\u00e9 du TPIR, est venu me voir \u00e0 Toronto, affirmant que les services du tribunal \u00e0 tous les niveaux \u00e9taient sous le contr\u00f4le du gouvernement des Etats-Unis et de la CIA, ajoutant qu&#8217;\u2019il craignait pour sa vie. L\u2019avocat \u00e9tait terriblement agit\u00e9. Il m\u2019assurera avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 New York pour tenter de rencontrer Bill Clinton et avait \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 hors de son bureau. Il me fera part d\u2019informations en sa possession sur le r\u00f4le de l&#8217;arm\u00e9e am\u00e9ricaine et de la CIA au sein du tribunal, promettant de me transmettre des documents bien plus sombres l\u00e0-dessus. Le tribunal, me dira-t-il, l\u2019aurait accus\u00e9 d&#8217;irr\u00e9gularit\u00e9s financi\u00e8res et l\u2019aurait chass\u00e9. Deux semaines plus tard, le pauvre homme \u00e9tait mort ! La police ne d\u00e9c\u00e8lera aucune cause de l\u2019accident de voiture dans laquelle il se trouvait et que l\u2019on d\u00e9couvrira dans une falaise en \u00c9cosse. Il fut un avocat militaire de l&#8217;\u00c9cosse avant cet accident.<\/p>\n<p>Lors d&#8217;une visite \u00e0 Arusha, j&#8217;ai eu une rencontre avec un officier du service de renseignement de l&#8217;arm\u00e9e am\u00e9ricaine, accompagn\u00e9 d&#8217;un autre agent du Bureau de Recherche d\u2019Intelligence du D\u00e9partement d\u2019Etat des USA. Ils voulaient tous savoir quelle \u00e9tait notre strat\u00e9gie du proc\u00e8s et quelles \u00e9taient les vues de la politique africaine de mon client.<\/p>\n<p>Contrairement a ce qu&#8217;\u2019on pourrait croire, les avocats de la d\u00e9fense n&#8217;\u00e9taient pas les seuls qui ont connu des d\u00e9boires avec le TPIR. En 1997, Louise Arbor a ordonn\u00e9 une enqu\u00eate de l&#8217;avion pr\u00e9sidentiel qui a entra\u00een\u00e9 le massacre de toutes les personnes \u00e0 bord, y compris Mr. Habyarimana, Pr\u00e9sident Hutu du Rwanda, et Ntaryamira, \u00e9galement Pr\u00e9sident Hutu du Burundi ainsi que le chef d&#8217;\u00e9tat-major de l\u2019arm\u00e9e de ce pays. Les forces d\u2019invasion ougandaises et le RPF ainsi que les am\u00e9ricains affirmaient que l&#8217;avion avait \u00e9t\u00e9 abattu par des Hutus \u00ab extr\u00e9mistes \u00bb.<\/p>\n<p> Un avocat australien, Michael Hourigan, a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 pour diriger l&#8217;enqu\u00eate sur l\u2019avion et en temps opportun, son \u00e9quipe pr\u00e9sentera un rapport devant Arbour \u00e9tablissant que le FPR avait abattu l&#8217;avion avec l&#8217;aide d&#8217;une puissance \u00e9trang\u00e8re et la CIA \u00e9tait impliqu\u00e9e. Arbour, dira l\u2019avocat dans un affidavit, semblait enthousiaste quand le rapport lui a \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9 par t\u00e9l\u00e9phone. Mais lorsque l\u2019avocat fut convoqu\u00e9 \u00e0 la Haye pour d\u00e9poser officiellement son rapport, l\u2019enthousiasme avait tourn\u00e9 \u00e0 une hostilit\u00e9 totale. Il \u00e9tait ordonn\u00e9 de remettre son t\u00e9moignage et d\u00e9charg\u00e9 de ses obligations sans la moindre explication.<br \/>\n   \u00c0 ce jour, ce fichier a \u00e9t\u00e9 gard\u00e9 secret et aucune personne  nomm\u00e9e dans le rapport d\u2019enqu\u00eate n\u2019a \u00e9t\u00e9 inculp\u00e9e. En janvier 2004, les avocats de la d\u00e9fense ont organis\u00e9 une gr\u00e8ve pour protester contre le caract\u00e8re politique des accusations et des proc\u00e8s, les mauvaises conditions de travail pour la d\u00e9fense, les perquisitions subies par  les avocats lors des visites avec leurs clients, aussi bien que pour les mesures d\u2019isolement et mauvaises conditions de vie impos\u00e9es aux prisonniers.<\/p>\n<p>Quelques semaines apr\u00e8s la gr\u00e8ve, le leader de la gr\u00e8ve, Jean Degli, un avocat congolais bas\u00e9 \u00e0 Paris, un excellent d\u00e9fenseur et un leader de l&#8217;association des avocats de la d\u00e9fense, \u00e9tait accus\u00e9 d\u2019implication dans un scandale financier et expuls\u00e9 de la d\u00e9fense d&#8217;un officier sup\u00e9rieur d\u00e9tenu. Il \u00e9tait forc\u00e9 d\u2019abandonner ses fonctions et de quitter le tribunal.<\/p>\n<p>Apres son d\u00e9part, on verra venir \u00e0 la prison  des avocats Britanniques et Am\u00e9ricains pr\u00e9tendant avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9s pour d\u00e9fendre tel ou tel prisonnier sans que ces derniers n\u2019aient fait la moindre demande, n\u2019ayant m\u00eame pas la connaissance ni le d\u00e9sir de traiter avec ces avocats, sachant, d\u2019avance, qu&#8217;\u2019ils \u00e9taient de connivence avec les services d\u2019intelligence des pays occidentaux qui voulaient les pi\u00e9ger.<\/p>\n<p>Etant ainsi pr\u00e9venus, les prisonniers \u00e9tabliront \u00e0 \u00e0 leur propre initiative une liste des avocats qu&#8217;ils soup\u00e7onnaient \u00eatre au service des services d\u2019intelligence occidentaux.<br \/>\nLorsqu\u2019II devint de plus en plus \u00e9vident que la cour \u00e9tait incapable de contr\u00f4ler ou influencer les strat\u00e9gies des avocats de la d\u00e9fense par ses mouchards, nous nous apercevrons que la pros\u00e9cution avait maintenant ses propres agents secrets qui \u00e9taient en train de tendre des pi\u00e8ges contre tous les mouvements de notre enqu\u00eateur principal &#8211; un ancien officier important de la police du Rwanda, tr\u00e8s habile a localiser les t\u00e9moins pour la d\u00e9fense \u2013 que le pros\u00e9cuteur se pr\u00e9parait a arr\u00eater.<\/p>\n<p>Le jour m\u00eame que notre enqu\u00eateur devait arriver \u00e0 Arusha, j\u2019\u00e9tais pr\u00e9venu par un officiel sympathique me disant que la pros\u00e9cution avait d\u00e9j\u00e0 suspendu son travail et allait l\u2019arr\u00eater sous pr\u00e9texte de g\u00e9nocide. Il fallait vite le faire sortir du pays. Il nous fallait faire tout pour l\u2019\u00e9vacuer de la Tanzanie \u00e0 un prix exorbitant afin de pr\u00e9venir son arrestation ou pire. La v\u00e9rit\u00e9 cependant est que les accusations suscit\u00e9es contre lui \u00e9taient totalement fausses puisque l\u2019officier avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 blanchi par la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019Onu et du Rwanda bien avant m\u00eame qu&#8217;\u2019il soit engag\u00e9 comme enqu\u00eateur principal par nous. <\/p>\n<p>L\u2019objectif de la pros\u00e9cution \u00e9tait d\u2019handicaper les efforts de la d\u00e9fense en mati\u00e8re d\u2019enqu\u00eate. Et pendant plus d\u2019une ann\u00e9e effectivement, la d\u00e9fense ne pouvait pas trouver un enqu\u00eateur poss\u00e9dant les qualifications et contacts de cet officier de la police Rwandais. Nos d\u00e9marches pour v\u00e9rifier les accusations avanc\u00e9es par le procureur contre cet officier sont rest\u00e9es \u00e9videmment sans suite.<\/p>\n<p>Il convient quand m\u00eame de noter ici que cet ancien officier de police Rwandais sera plus tard employ\u00e9 par la Police de Danemark qui ouvrira une enqu\u00eate en bonne et due forme sur son cas laquelle confirmera qu&#8217;il n\u2019\u00e9tait nullement m\u00eale dans les \u00e9v\u00e8nements de 1994.<\/p>\n<p>C\u2019est, finalement, en septembre 2004, apr\u00e8s plus ou moins 5 ans de d\u00e9tention que le proc\u00e8s du g\u00e9n\u00e9ral Ndindiliyimana va s\u2019ouvrir. A notre grande surprise, le procureur se l\u00e8vera des l\u2019ouverture de l\u2019audience pour pr\u00e9senter une nouvelle accusation en douze points portant sur des all\u00e9gations aux massacres  et assassinats  que le g\u00e9n\u00e9ral aurait personnellement commis et dont personne n\u2019avait jamais entendu parler jusqu\u2019ici. C\u2019\u00e9tait catastrophique et sensationnel \u00e0 la fois !!!<\/p>\n<p>Il \u00e9tait clair que le procureur entendait porter pr\u00e9judice \u00e0 l\u2019accus\u00e9 aux yeux des juges avant m\u00eame le commencement du proc\u00e8s et on s\u2019en rendra vite compte lorsque le jugement sera rendu \u00e0 la fin, et que ces accusations seront rejet\u00e9es purement et simplement parce qu&#8217;elles \u00e9taient fabriqu\u00e9es de toutes pi\u00e8ces.<\/p>\n<p>[su_quote]<\/p>\n<h3>N\u00e9anmoins, une fois devant les juges et \u00e0 la grande surprise de la pros\u00e9cution, certains de ces t\u00e9moins ont eu le courage de d\u00e9clarer publiquement qu&#8217;ils avaient \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s de signer des d\u00e9clarations ou de donner des faux t\u00e9moignages en contrepartie pour des promesses de lib\u00e9ration et autres faveurs, ou tout simplement, pour \u00e9viter des menaces d\u2019ex\u00e9cution. C\u2019\u00e9tait la preuve la plus \u00e9clatante de l\u2019innocence de tous ces prisonniers, sortie de la bouche de leurs accusateurs et des agents de propagande du gouvernement rwandais.<\/h3>\n<p>[\/su_quote]<\/p>\n<p>Pour nous, cet \u00e9talage d\u2019accusations \u00e9tait bel et bien une charade. Nous avons protest\u00e9 et demand\u00e9 un d\u00e9lai afin de pr\u00e9parer la d\u00e9fense. La cour nous a ignor\u00e9s et nous \u00e9tions forc\u00e9s de construire une d\u00e9fense \u00e0  la h\u00e2te.<br \/>\nJ\u2019\u00e9tais \u00e0 ce moment seul, d\u00e9pourvu d\u2019un Co-d\u00e9fenseur \u00e9tant donn\u00e9 que les avocats de la d\u00e9fense n\u2019\u00e9taient pas autoris\u00e9s par le registreur de choisir librement leurs assistants. L\u2019attitude des juges, d\u00e9s le d\u00e9but du proc\u00e8s, \u00e9tait ouvertement hostile. Ils  s\u2019opposeront \u00e0 toute requ\u00eate de la d\u00e9fense pour la contre-interrogation des t\u00e9moins pr\u00e9sent\u00e9s par le procureur avec lequel ils seront en accord m\u00eame quand celui-ci se lan\u00e7ait, \u00e0 chaque s\u00e9ance, \u00e0 des attaques personnelles vicieuses contre la d\u00e9fense et contre l\u2019accus\u00e9.<\/p>\n<p>Les t\u00e9moins pr\u00e9sent\u00e9s par le procureur \u00e9taient, en g\u00e9n\u00e9ral, des prisonniers Hutu, d\u00e9tenus sans accusation dans des conditions horribles et souvent tortur\u00e9s pendant dix ans ou plus  pour le compte de RPF. Leurs t\u00e9moignages, pour la plupart du temps \u00e9taient fond\u00e9es sur des rumeurs consid\u00e9r\u00e9es en terme technique de\u00ab double and triple hearsay \u00bb, \u00e9taient en contradiction avec les d\u00e9clarations qu&#8217;\u2019ils avaient faites avant le proc\u00e8s. Bien qu&#8217;un petit nombre de membres des groupes de la propagande du gouvernement rwandais aient t\u00e9moign\u00e9, aucun officier de RPF n\u2019\u00e9tait parmi ces t\u00e9moins de circonstance.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, une fois devant les juges et \u00e0 la grande surprise de la pros\u00e9cution, certains de ces t\u00e9moins ont eu le courage de d\u00e9clarer publiquement qu&#8217;ils avaient \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s de signer des d\u00e9clarations ou de donner des faux t\u00e9moignages en contrepartie pour des promesses de lib\u00e9ration et autres faveurs, ou tout simplement, pour \u00e9viter des menaces d\u2019ex\u00e9cution. C\u2019\u00e9tait la preuve la plus \u00e9clatante de l\u2019innocence de tous ces prisonniers, sortie de la bouche de leurs accusateurs et des agents de propagande du gouvernement rwandais.<\/p>\n<p>Nous apprendrons de ces t\u00e9moins pr\u00e9cis\u00e9ment, que le r\u00e9gime  rwandais au pouvoir avait forme des \u00e9coles au sein des prisons pour recruter et former des t\u00e9moins. Les juges recevront des t\u00e9moignages vivants \u00e0 propos des m\u00e9thodes de recrutement des t\u00e9moins en prison auxquelles les membres de la pros\u00e9cution \u00e9taient m\u00eame participants.<\/p>\n<p>Nous ne pouvons malheureusement pas pr\u00e9dire le sort des   prisonniers qui ont d\u00e9voil\u00e9 ce scandale apr\u00e8s leur retour au Rwanda. Nous savons, cependant, que quiconque ose contredire le r\u00e9gime rwandais est condamn\u00e9 \u00e0 un sort malheureux d\u2019une fa\u00e7on permanente.<\/p>\n<p>Des lors, m\u00eame les juges qui avaient \u00e9t\u00e9 d\u2019avance s\u00e9lectionn\u00e9s et pr\u00e9par\u00e9s d\u2019\u00eatre hostiles \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la d\u00e9fense commenc\u00e8rent lentement \u00e0 se montrer inconfortables et mal \u00e0 l\u2019aise en apprenant de la bouche m\u00eame des t\u00e9moins que toutes les d\u00e9clarations faites contre les accus\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 obtenues avant m\u00eame l\u2019arrestation d\u00e9finitive des dits accus\u00e9s.<\/p>\n<p>Je serai, moi-m\u00eame, et bien d\u2019autres avocats, victime des menaces d\u2019arrestation des juges, pr\u00e9occup\u00e9s a \u00e9viter la ligne poursuivie par les avocats de la d\u00e9fense dans leur d\u00e9termination \u00e0 pr\u00e9server les droits de leurs clients. Il y aura m\u00eame des confrontations col\u00e9riques entre les juges et les avocats de la d\u00e9fense cherchant \u00e0 maintenir le respect des r\u00e8gles proc\u00e9curales. M\u00eame lorsque les \u00e9vidences seront pr\u00e9sent\u00e9es tout au long des proc\u00e8s d\u00e9montrant que les forces ennemies ont commis des atrocit\u00e9s massives contre des civils, les juges pr\u00e9f\u00e9reront imposer le silence \u00e0 la d\u00e9fense au lieu de demander \u00e0 la pros\u00e9cution pourquoi ces crimes n\u2019\u00e9taient pas poursuivis.<\/p>\n<p>En 2005, au cours de ma contre-interrogation d\u2019un colonel de l\u2019arm\u00e9e Belge connu dans ce qu&#8217;\u2019on a appel\u00e9 le fax de g\u00e9nocide de Dallaire, nous apprendrons que le traducteur de la cour lisait le texte mis \u00e0 sa disposition par le procureur plut\u00f4t que de traduire les paroles du t\u00e9moin pr\u00e9sent. La d\u00e9fense demandera qu&#8217;une enqu\u00eate soit ouverte en cette mati\u00e8re et que le procureur soit poursuivi. Les juges ignoreront compl\u00e8tement nos demandes.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait au cours de cette cross-interrogation qu&#8217;\u2019il sera prouv\u00e9 que le fameux fax de Dallaire \u00e9tait une fabrication plac\u00e9e dans les dossiers de l\u2019Onu par un colonel de l\u2019arm\u00e9e Britannique. La pros\u00e9cution \u00e9tait tellement embarrass\u00e9e par la r\u00e9v\u00e9lation \u00e0 tel point que l\u2019affaire du fax ne sera plus jamais mentionn\u00e9e dans aucun proc\u00e8s de l\u2019ICTR alors qu&#8217;\u2019elle constituait jusque l\u00e0 le document capital.<\/p>\n<p>[su_quote]<\/p>\n<h3>En 2007, une autre sc\u00e8ne insolite eut lieu au cours de laquelle les juges et procureurs tiendront une r\u00e9union secr\u00e8te pour s\u2019entendre sur la tactique d\u2019\u00e9liminer les t\u00e9moignages ind\u00e9sirables d\u2019un prince Tutsi, fils du dernier roi Tutsi, une personnalit\u00e9 bien connue au Rwanda, r\u00e9pondant par le nom d\u2019 Antoine Nyetera. Celui-ci affirmera que le RPF \u00e9tait responsable de toutes les tueries et il \u00e9tait t\u00e9moin de tous ces actes. D\u00e9\u00e7us de la proclamation d&#8217;un \u00e9minent Tutsi que la version des \u00e9v\u00e8nements telle que rapport\u00e9e par les medias \u00e9tait fausse; que le RPF \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 responsable des tueries que les procureurs refusaient de poursuivre, une seule alternative restait devant la cour et le procureur : annoncer, publiquement, en pleine s\u00e9ance, que le t\u00e9moignage du prince ne ferait pas l\u2019objet du compte-rendu de la journ\u00e9e. M\u00eame les objections de tous les avocats de la d\u00e9fense seront ignor\u00e9es et les minutes journali\u00e8res de cette s\u00e9ance seront falsifi\u00e9es.<\/h3>\n<p>[\/su_quote]<\/p>\n<p>En 2006, le procureur s\u2019arrangera pour que la Chambre d\u2019Appel publie une d\u00e9claration sans pr\u00e9c\u00e9dent au terme de laquelle il \u00e9tait \u00e9tabli que le g\u00e9nocide \u00e9tait bel et bien un fait judiciaire \u00e9vident alors que la d\u00e9fense avait r\u00e9ussi \u00e0 disqualifier le g\u00e9nocide comme principale charge contre tous les accus\u00e9s. Le tribunal affirmait maintenant, au contraire, que la d\u00e9fense ne pouvait pas nier cette accusation. Mais la d\u00e9fense restera ferme dans ses arguments. Et \u00e0 son avantage, dans ce cas pr\u00e9cis, les juges renonceront \u00e0 contredire la ligne de d\u00e9fense qu&#8217;\u2019elle s\u2019\u00e9tait impos\u00e9e jour apr\u00e8s jour de disqualifier l\u2019accusation de g\u00e9nocide.<\/p>\n<p>Au mois de septembre de la m\u00eame ann\u00e9e, l\u2019expert bien connu de la pros\u00e9cution, le Dr. Alison Des Forges \u00e9tait invite \u00e0 t\u00e9moigner dans notre proc\u00e8s et avait pr\u00e9par\u00e9 un rapport d\u2019expert pour la circonstance.  For malheureusement, elle va omettre de ce rapport des d\u00e9clarations qu&#8217;\u2019elle avait d\u00e9j\u00e0 faites dans un rapport pr\u00e9c\u00e9dent affirmant que Ndindiliyimana \u00e9tait un homme oppos\u00e9 au g\u00e9nocide et s\u2019\u00e9tait efforc\u00e9 de prot\u00e9ger des populations civiles. A la question de savoir pourquoi elle voulait tromper les juges lors de la cross-interrogation par la d\u00e9fense, elle refusera de r\u00e9pondre \u00e0 la question mais il \u00e9tait clair, \u00e0 la suite des r\u00e9actions du procureur qu&#8217;elle avait omis les d\u00e9clarations exclupatoires avec l\u2019intention de compromettre la justice afin de satisfaire les ordres de la pros\u00e9cution.<\/p>\n<p>Pour une fois au moins tout de m\u00eame, les membres du tribunal prirent la d\u00e9cision dans leur jugement, de censurer le Dr. Des Forges pour cet acte de d\u00e9ception.<\/p>\n<p>En 2007, une autre sc\u00e8ne insolite eut lieu au cours de laquelle les juges et procureurs tiendront une r\u00e9union secr\u00e8te pour s\u2019entendre sur la tactique d\u2019\u00e9liminer les t\u00e9moignages ind\u00e9sirables d\u2019un prince Tutsi, fils du dernier roi Tutsi, une personnalit\u00e9 bien connue au Rwanda, r\u00e9pondant par le nom d\u2019 Antoine Nyetera. Celui-ci affirmera que le RPF \u00e9tait responsable de toutes les tueries et il \u00e9tait t\u00e9moin de tous ces actes. D\u00e9\u00e7us de la proclamation d&#8217;un \u00e9minent Tutsi que la version des \u00e9v\u00e8nements telle que rapport\u00e9e par les medias \u00e9tait fausse; que le RPF \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 responsable des tueries que les procureurs refusaient de poursuivre, une seule alternative restait devant la cour et le procureur : annoncer, publiquement, en pleine s\u00e9ance, que le t\u00e9moignage du prince ne ferait pas l\u2019objet du compte-rendu de la journ\u00e9e. M\u00eame les objections de tous les avocats de la d\u00e9fense seront ignor\u00e9es et les minutes journali\u00e8res de cette s\u00e9ance seront falsifi\u00e9es.<\/p>\n<p>Falsification du Compte-rendu. Lorsque nous recevrons la version finale du compte-rendu de la s\u00e9ance au cours de la laquelle le prince avait t\u00e9moign\u00e9, certains mots ou phrases principales avaient \u00e9t\u00e9 chang\u00e9es en faveur du procureur. Les plaintes et protestations de la d\u00e9fense resteront, une fois de plus, lettre morte.<\/p>\n<p>De plus en plus de mesures de coercition seront prises contre les avocats de la d\u00e9fense. Nos concertations  avec les t\u00e9moins dans les h\u00f4tels \u00e9taient l\u2019objet de surveillance par les officiers de la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU. C\u2019\u00e9tait une occurrence fr\u00e9quente dont l\u2019objectif \u00e9tait d\u2019intimider les avocats.<\/p>\n<p>En juillet 2008, an officiel Am\u00e9ricain de l\u2019ICTR m\u2019a approch\u00e9 dans un caf\u00e9 \u00e0 Arusha me disant qu&#8217;\u2019il \u00e9tait un officier de la CIA et qu&#8217;\u2019ils avaient tu\u00e9  d\u2019autres personnes qui ont voulu d\u00e9passer les limites autoris\u00e9es \u00e0 la cour, y compris un procureur Am\u00e9ricain qui, dit-il, a \u00e9t\u00e9 empoisonn\u00e9 pour avoir ignor\u00e9 un avertissement \u00e0 ne pas r\u00e9v\u00e9ler certaines informations sensitives. En conclusion, il me dit que si je n\u2019abandonnais pas mon travail de d\u00e9fense, ils allaient \u00e9galement me tuer.<\/p>\n<p>J\u2019ai imm\u00e9diatement rapport\u00e9 cette conversation bizarre au Pr\u00e9sident du Tribunal, le juge Norv\u00e9gien More, mais ce dernier restera une fois de plus indiff\u00e9rent. En fait, ce n\u2019\u00e9tait pas la premi\u00e8re fois que de telles menaces de mort \u00e9taient prof\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019endroit d\u2019un membre de la d\u00e9fense. Un officiel du gouvernement Rwandais m\u2019avait d\u00e9j\u00e0 approch\u00e9 au d\u00e9but du proc\u00e8s apr\u00e8s une s\u00e9ance de cross-interrogation d\u2019un des leurs t\u00e9moins en me disant que si je continuais \u00e0 agir de la m\u00eame fa\u00e7on, je n\u2019aurais pas longtemps \u00e0 vivre. Mes plaintes contre ces menaces de mort devant le juge et les services de S\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU resteront sans suite.<\/p>\n<p>La police secr\u00e8te de la Tanzanie m\u2019a adress\u00e9 les m\u00eames menaces plusieurs fois au cours des ann\u00e9es et continue \u00e0 le faire jusqu&#8217;\u00e0 ce jour.<br \/>\nEn juillet 2014, un officier d\u2019intelligence Canadien est venu m\u2019informer \u00e0 Toronto me disant que  j\u2019\u00e9tais sur la liste des assassins du Rwanda et voulait savoir si j\u2019allais continuer mon travail de d\u00e9fense. On dirait qu&#8217;il a voulu se servir d\u2019une menace de mort pour en faire une de plus.   <\/p>\n<p>Au mois de novembre 2005, Juvenal Uwilingiyimana, un ancien ministre du Ruanda qui \u00e9tait interrog\u00e9 par deux investigateurs Canadiens travaillant pour Stephen Rapp, alors chef des services de la pros\u00e9cution de l\u2019ICTR a disparu lorsqu\u2019on l\u2019a amen\u00e9 rencontrer les investigateurs \u00e0 Lille, en France. Ces investigateurs Canadiens sont les m\u00eames qui avaient d\u00e9tenu le Premier ministre Kambanda incomunicado pendant neuf mois pour obtenir une fausse confession de sa part.<\/p>\n<p>Quelques semaines apres, le corps de Uwilingiyimana sera retrouv\u00e9 nu dans un canal \u00e0 Bruxelles avec ses mains menott\u00e9es. Mais avant sa disparution, le malheureux avait \u00e9crit une lettre au tribunal d\u00e9clarant que Rapp et ses hommes le pressaient \u00e0 faire des fausses d\u00e9clarations, sinon, affirmait-il encore, ils allaient le tuer et couper son corps en morceaux.      Moi et d\u2019autres avocats de la d\u00e9fense avons demand\u00e9  que cette disparution et la lettre soient examin\u00e9es et le premier suspect, Stephen Rapp et les deux Canadiens soient suspendus et d\u00e9tenus en attendant les conclusions de l\u2019enqu\u00eate. Nous avons \u00e9t\u00e9 purement et simplement ignor\u00e9s.<\/p>\n<p>La police Belge n\u2019a m\u00eame pas enqu\u00eat\u00e9 la trag\u00e9die. Bien au contraire, Rapp a \u00e9t\u00e9 promu au grand statut d\u2019Ambassadeur pour les crimes de guerre.<br \/>\nToujours en 2008, au cours de notre proc\u00e8s, un t\u00e9moin de la pros\u00e9cution a reni\u00e9 avoir  re\u00e7u des menaces de mort pour faire un faux t\u00e9moignage. La d\u00e9fense a r\u00e9ussi \u00e0 obtenir le rappel du t\u00e9moin pour \u00eatre de nouveau interrog\u00e9 et on l\u2019a ramen\u00e9 du Rwanda pour le garder dans une maison s\u00e9cure \u00e0 Arusha. Un jour avant d\u2019\u00eatre entendu, il disparut du lieu ou il \u00e9tait gard\u00e9 et ne sera jamais retrouve\u00e9. Les services des Nations Unies ne pouvaient pas expliquer comment un homme a pu disparaitre d\u2019une maison sous leur protection.<\/p>\n<p>[su_quote]<\/p>\n<h3>Un officiel du gouvernement Rwandais m\u2019avait d\u00e9j\u00e0 approch\u00e9 au d\u00e9but du proc\u00e8s apr\u00e8s une s\u00e9ance de cross-interrogation d\u2019un des leurs t\u00e9moins en me disant que si je continuais \u00e0 agir de la m\u00eame fa\u00e7on, je n\u2019aurais pas longtemps \u00e0 vivre. Mes plaintes contre ces menaces de mort devant le juge et les services de S\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU resteront sans suite.<\/h3>\n<p>[\/su_quote]<\/p>\n<p>Il y aura un autre t\u00e9moin qui reniera \u00e9galement dans les m\u00eames conditions mais dans ce cas, la pros\u00e9cution m\u2019accusera d\u2019avoir soudoy\u00e9 le t\u00e9moin. Deux investigations concluront qu&#8217;\u2019il disait la v\u00e9rit\u00e9 en d\u00e9pit du fait qu\u2019un conseiller de la pros\u00e9ction \u00e9tait de la partie pour concourir au perjury.<\/p>\n<p>Pendant presque la m\u00eame p\u00e9riode un officier militaire de RPF qui avait fui le r\u00e9gime a t\u00e9moign\u00e9 entre autres que les officiers des services d\u2019intelligence des pays occidentaux et de RPF s\u2019\u00e9taient  infiltr\u00e9s dans toutes les sections du tribunal ;  que tous les traducteurs \u00e9taient au service de l\u2019intelligence du Rwanda et que m\u00eame les juges \u00e9taient de simple marionnettes.<br \/>\nNous constaterons \u00e0 plusieurs reprises pendant le proc\u00e8s la pr\u00e9sence des officiers sup\u00e9rieurs de l\u2019arm\u00e9e Am\u00e9ricaine et du D\u00e9partement de la Justice des USA assis avec les procureurs pendant les audiences. Apres que nous nous sommes rendus compte qui ils \u00e9taient, nous avons demand\u00e9 qu&#8217;\u2019ils soient exclus et les juges \u00e9taient cette fois-ci d\u2019accord avec les avocats de la d\u00e9fense.<\/p>\n<p>Pendant les courtes s\u00e9ances de cross-interrogations qui nous \u00e9taient allou\u00e9es avec le General Dallaire par liaison video depuis le Quartier General de la D\u00e9fense \u00e0 Ottawa au Canada, le cameraman, au lieu de pr\u00e9senter seulement le portrait du g\u00e9n\u00e9ral jusqu&#8217;\u00e0 la poitrine comme il avait \u00e9t\u00e9 probablement instruis, il donnera un plus grand paysage et nous verrons 5 autres officiers sup\u00e9rieurs Canadiens assis \u00e0 cote du General alors qu&#8217;\u2019il devrait etre seul avec le technicien et un membre du tribunal.<\/p>\n<p>Quand nous avons cherch\u00e9 \u00e0 savoir qui  \u00e9taient ces officiers et sur quel ordre \u00e9taient-ils pr\u00e9sents, aucune r\u00e9ponse n\u2019\u00e9tait donn\u00e9e et les juges ont refus\u00e9 de les \u00e9loigner pendant la session d\u2019audition.<br \/>\nEncore en 2008, j\u2019ai trouv\u00e9 cache dans les dossiers de la pros\u00e9cution une lettre sign\u00e9e par Paul Kagame datant du mois d\u2019aout 1994 adress\u00e9e au President Museveni portant sur le \u00ab plan Zaire \u00bb et dans laquelle il d\u00e9clare que les Hutu sont un obstacle pour l\u2019accomplissement du plan, mais qu&#8217;avec l\u2019aide des Am\u00e9ricains, des Britannique et des Belges, le plan serait r\u00e9alis\u00e9, affirmait-il.<\/p>\n<p>Le lendemain, j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 cette lettre devant le tribunal en faisant remarquer que la guerre au Rwanda \u00e9tait seulement la premi\u00e8re phase d\u2019une longue guerre au Congo qui \u00e9tait envisag\u00e9e depuis les ann\u00e9es 1990. La pros\u00e9cution m\u2019accusera imm\u00e9diatement d\u2019avoir forg\u00e9 le document qui pourtant venait bien de leur fichier et cette nuit-l\u00e0, j\u2019\u00e9tais fil\u00e9 par un d\u00e9tective des services de Police de la Tanzanie. Le lendemain, j\u2019\u00e9tais contraint de demander la protection des juges du tribunal qui ont ordonn\u00e9 qu&#8217;on me laisse libre.<\/p>\n<p>[su_quote]<\/p>\n<h3>Pour r\u00e9tablir l\u2019architecture de la justice internationale afin qu&#8217;\u2019elle soit juste,  impartiale et universelle nous devons avant tout changer la nature des relations existantes entre le pouvoir social, \u00e9conomique et politique qui est sa fondation.<\/h3>\n<p>[\/su_quote]<\/p>\n<p>En 2011, en d\u00e9pit de l\u2019\u00e9vidence incontestable d\u00e9montrant que Ndindiliyimana avait tout fait pour sauver des vies humaines et restaurer la paix au Rwanda et qu\u2019il \u00e9tait, de ce fait, innocent de toutes les charges port\u00e9es contre lui, les juges l\u2019ont cependant condamn\u00e9 pour n\u2019avoir pas puni ses subordonn\u00e9s contre deux infractions mais il \u00e9tait, n\u00e9anmoins, acquitt\u00e9 de toutes les autres charges et mis en libert\u00e9.<\/p>\n<p>Ces deux convictions \u00e9taient r\u00e9ellement absurdes d\u2019autant plus que l\u2019une ne s\u2019\u00e9tait jamais produite et dans la seconde, ses hommes n\u2019avaient nullement particip\u00e9 en quoi que ce soit.<\/p>\n<p>Lorsque la Chambre d\u2019Appel rejeta les convictions en question le 7 F\u00e9vrier 2014, j\u2019appris par une source interne \u00e0 la cour que les juges \u00e9taient d\u00e9termines de le condamner quand m\u00eame pour quelque chose malgr\u00e9 son innocence criante parce qu&#8217;\u2019ils \u00e9taient inquiets des cons\u00e9quences pouvant venir des Am\u00e9ricains pour un acquittement pur et simple. Des rumeurs circulaient selon lesquelles les juges l\u2019avaient condamn\u00e9 pour justifier la longue d\u00e9tention qu\u2019il lui avait fait subir.<\/p>\n<p>Et comme surprise pour moi, un jour apr\u00e8s l\u2019annonce de la fameuse conviction, je recevrai un e-mail de la part d\u2019une femme colonel de l\u2019arm\u00e9e Am\u00e9ricaine qui avait \u00e9t\u00e9 en charge du dossier du g\u00e9n\u00e9ral en 2000 et nous avait fait une offre. Elle \u00e9tait maintenant un officiel important au D\u00e9partement d\u2019Etat des USA. Elle se disait f\u00e2ch\u00e9e dans l\u2019e-mail, que Ndindiliyimana \u00e9tait condamn\u00e9 alors que l\u2019affaire ne devait jamais aller aussi loin. Elle se proposait de me r\u00e9v\u00e9ler tout, si jamais je voulais prendre contact avec elle a Washington. Je n\u2019y suis jamais all\u00e9. <\/p>\n<p>Tout proc\u00e8s a sa propre histoire. Il a aussi sa propre  anatomie, mais la maladie est la m\u00eame pour tous. Il s\u2019agit d\u2019une image noire tr\u00e8s d\u00e9primante. Celui d\u00e9crit ici \u00e9tait une exp\u00e9rience am\u00e8re. Il n\u2019y a vraiment rien de plus que je peux dire sauf que la justice internationale digne de ce nom ne peut pas exister sans un ordre international qui soit d\u00e9mocratique. Un ordre international au sein duquel la souverainet\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les nations sont fondamentales. La loi et ses structures doivent refl\u00e9ter le rapport social, \u00e9conomique et politique de la soci\u00e9t\u00e9. Pour r\u00e9tablir l\u2019architecture de la justice internationale afin qu&#8217;\u2019elle soit juste,  impartiale et universelle nous devons avant tout changer la nature des relations existantes entre le pouvoir social, \u00e9conomique et politique qui est sa fondation. Sans cela, le monde descendra dans un pr\u00e9cipice de r\u00e9actions et guerre  et la liste des victimes des v\u00e9ritables tribunaux criminels de justice sera r\u00e9ellement longue et comprendra chacun de nous. Il reste \u00e0 savoir comment allons nous r\u00e9aliser cela.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Christopher Black (traduit par Kodakombu Missinga Migulu) Dans un article publie par GLOBAL RESEARCH le 19 octobre 2014 et repris par La Tribune Franco-Rwandaise, Christopher Black rapporte que l\u2019ordre donne par l\u2019Otan d\u2019attaquer le r\u00e9gime de la Libye en 2011 et d\u00e9f\u00e9rer le pr\u00e9sident Muammar Gadaffi devant la Cour Criminelle Internationale (ICC ) faisait [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":7098,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"content-type":"","footnotes":""},"categories":[107,124],"tags":[],"class_list":["post-7095","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-analyses-commentaires","category-politique-societe"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7095","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7095"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7095\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7095"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7095"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7095"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}