{"id":5543,"date":"2013-05-24T16:14:07","date_gmt":"2013-05-24T16:14:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ingeta.com\/?p=5543"},"modified":"2013-05-24T16:14:07","modified_gmt":"2013-05-24T16:14:07","slug":"sur-congo-une-histoire-leurope-face-a-son-passe-colonial-et-a-son-avenir-global","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/sur-congo-une-histoire-leurope-face-a-son-passe-colonial-et-a-son-avenir-global\/","title":{"rendered":"Sur \u00abCongo, une histoire\u00bb: l\u2019Europe face \u00e0 son pass\u00e9 colonial et \u00e0 son avenir global"},"content":{"rendered":"<p>\t\t\t\t<em>Source: <a href=\"http:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/philippe-ries\/240513\/sur-congo-une-histoire-l-europe-face-son-passe-colonial-et-son-avenir-global\">M\u00e9diapart<\/a>.\u00a0<\/em><\/p>\n<p><strong>Livre \u00e9v\u00e8nement, &#8220;Congo, une histoire&#8221; d\u00e9cortique, avec une puissance in\u00e9dite, un des \u00e9pisodes les plus sinistres de la longue domination europ\u00e9enne sur la plan\u00e8te, alors que le Vieux Continent vit tr\u00e8s mal la fin de sa pr\u00e9\u00e9minence, \u00e0 l&#8217;heure du Grand Basculement.<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est le travail qu\u2019aurait du pouvoir consulter le n\u00e8gre de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, avant de commettre le plus ridicule des ridicules discours hoquet\u00e9s par l\u2019ancien pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Discours_de_Dakar\" target=\"_blank\" rel=\"_blank noopener\">celui de Dakar.<\/a> Livre \u00e9v\u00e9nement en Belgique et au-del\u00e0, <i>\u00abCongo, une histoire\u00bb,<\/i> de l\u2019historien, \u00e9crivain et journaliste David Van Reybrouck rappelle non seulement que l\u2019homme africain est entr\u00e9 dans l\u2019Histoire le premier et qu\u2019il est entr\u00e9 ensuite dans \u00abnotre histoire\u00bb pour son immense et permanent malheur. Il d\u00e9montre que, contrairement \u00e0 ce que pensent ou proclament nombre d\u2019amis de MM. Sarkozy et Guaino, il n\u2019y a aucun, strictement aucun <i>\u00abaspect positif\u00bb<\/i> de la colonisation europ\u00e9enne blanche en Afrique, et tout sp\u00e9cialement au Congo ex-Belge. Il soul\u00e8ve enfin, par extrapolation, une question cruciale pos\u00e9e \u00e0 l\u2019Europe\u00a0: comment affronter un monde o\u00f9 sa pr\u00e9\u00e9minence multis\u00e9culaire s\u2019efface sans avoir vraiment fait le bilan de son \u00e9pisode le plus sinistre, la colonisation?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En Belgique m\u00eame, comme partout ailleurs en Europe, et bien s\u00fbr en France, <i>\u00abl\u2019aventure coloniale\u00bb<\/i> fut longtemps l\u2019objet d\u2019une propagande infantile, \u00e0 base de cartes g\u00e9ographiques richement color\u00e9es et de clich\u00e9s sur la mission civilisatrice des Europ\u00e9ens. Encore en 2005, le mus\u00e9e de Tervuren \u00e0 Bruxelles, monument \u00e0 l\u2019\u0153uvre conqu\u00e9rante du roi L\u00e9opold II en Afrique centrale, organise une vaste exposition consacr\u00e9e \u00e0 <i>\u00abLa m\u00e9moire du Congo\u00a0: le temps colonial\u00bb.<\/i> Il faut se donner beaucoup de mal pour trouver la section, quelques panneaux, consacr\u00e9e au <i>\u00abtravail forc\u00e9\u00bb<\/i>, cette d\u00e9clinaison \u00abmoderne\u00bb de l\u2019esclavage qui va saigner les peuples africains, au propre et au figur\u00e9, pendant des dizaines d\u2019ann\u00e9es. Et le livre d\u2019or, sign\u00e9 \u00e0 la sortie par les visiteurs, d\u00e9borde d\u2019une nostalgie assez naus\u00e9abonde des jours heureux v\u00e9cus dans la colonie perdue.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A l\u2019image du Congo, ce g\u00e9ant qui emporte \u00e0 des centaines de kilom\u00e8tres au large les boues et les troncs d\u2019arbres arrach\u00e9s au c\u0153ur du continent africain, la force du livre de David Van Reybrouck est dans ce continuum qui transporte le lecteur de la lointaine pr\u00e9-histoire (90.000 ans avant J.C.) jusqu\u2019aux \u00e9pisodes actuels de cette trag\u00e9die. Cette continuit\u00e9 est indispensable pour d\u00e9monter les ressorts de l\u2019occultation du crime europ\u00e9en, selon laquelle, par exemple, la colonisation blanche s\u2019impose sur un territoire historique, politique et culturel aussi vierge que la for\u00eat du m\u00eame nom. Alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, elle va infantiliser, mutiler, \u00e9masculer et finalement annihiler des civilisations dont nul, sauf Guaino et ses semblables bien s\u00fbr, ne peut dire comment, laiss\u00e9es \u00e0 elle-m\u00eame, elles auraient \u00e9volu\u00e9. Elle remplace un mal, la traite arabo-africaine dont l\u2019\u00e9limination servira de pr\u00e9texte \u00abmoral\u00bb aux ambitions g\u00e9opolitiques et mercantiles de L\u00e9opold II, par un mal bien plus grand encore, la violence criminelle \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur du travail forc\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>La tradition orale contre la propagande<\/b><\/p>\n<p>A cet \u00e9gard, on peut regretter que Van Reybrouck ne reconnaisse pas mieux sa dette \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019Adam Hochschild, dont le livre terrifiant <i>\u00abKing Leopold&#8217;s Ghost\u00bb<\/i> avait jet\u00e9 le premier pav\u00e9 dans la mare du consensus pudique de l\u2019oubli (une simple mention dans la justification des sources du chapitre 2). <i>\u00abCongo, une histoire\u00bb<\/i> aurait-il vu le jour sans ce pr\u00e9c\u00e9dent indign\u00e9, qui mettait \u00e0 nouveau en lumi\u00e8re (longtemps apr\u00e8s Joseph Conrad mais sans habillage romanesque) l\u2019horreur que fut la qu\u00eate du caoutchouc dans l\u2019Etat ind\u00e9pendant du Congo, propri\u00e9t\u00e9 personnelle du roi des Belges? Peut-\u00eatre pas un g\u00e9nocide ethnique, id\u00e9e que l\u2019auteur belge r\u00e9cuse vigoureusement, mais un g\u00e9nocide \u00e0 visage commercial. Des centaines de milliers de victimes, sans doute des millions.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La mal\u00e9diction du Congo et de ses peuples, tout au long de colonisation et de la d\u00e9colonisation, aura bien \u00e9t\u00e9, comme David Van Reybrouck le d\u00e9crit magistralement, d\u2019avoir d\u00e9tenu sur son sol ou dans son sous-sol les mati\u00e8res premi\u00e8res propres a satisfaire l\u2019app\u00e9tit insatiable des r\u00e9volution industrielles successives. Le caoutchouc naturel quand Dunlop invente le pneumatique gonflable\u00a0; le palmier \u00e0 huile \u00e0 l\u2019\u00e9tat sauvage lorsque Lever r\u00e9volutionne la savonnerie\u00a0; le cuivre et le cobalt\u00a0; l\u2019uranium quand l\u2019humanit\u00e9 entre, \u00e0 Hiroshima et Nagasaki, dans l\u2019\u00e2ge nucl\u00e9aire\u00a0; l\u2019or et les diamants, qui comme chacun sont eux \u00e9ternels\u00a0; et jusqu\u2019au dernier venu, le coltan, ingr\u00e9dient incontournable de la civilisation \u00e9lectronique. Pour ces richesses immenses, les hommes et les femmes du Congo sont morts, en masse, dans des conditions souvent atroces. Dans la for\u00eat vierge o\u00f9 il faut s\u2019enfoncer de plus en plus profond\u00e9ment pour trouver les lianes \u00e0 caoutchouc et o\u00f9 r\u00e8gne la mouche ts\u00e9-ts\u00e9, porteuse de funeste maladie du sommeil\u00a0; en chutant des hauts palmiers dont on doit d\u00e9crocher les r\u00e9gimes gorg\u00e9s d\u2019huile\u00a0; ensevelis dans les galeries de mines\u00a0; d\u00e9cim\u00e9s le long des voies ferr\u00e9es indispensables pour \u00e9vacuer le butin vers les ports de la mer du Nord. Morts de faim, de maladie, de violence, sous le r\u00e9gime de la chicote, ce fouet en lani\u00e8res de peau d\u2019hippopotame dont les gardes chiourmes blancs et leurs aides africains usent et abusent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Histoire largement document\u00e9e par les travaux acad\u00e9miques (la bibliographie est impressionnante) mais rest\u00e9s \u00e9trangers au grand public. C\u2019est l\u00e0 que <i>\u00abCongo, une histoire\u00bb<\/i> objet hybride, ouvre une perspective originale\u00a0: l\u2019historien descend de sa tour d\u2019ivoire, endosse la tenue du journaliste et va sur le terrain faire parler les t\u00e9moins, les acteurs, les victimes de cette saga, comme \u00abPapa Nkasi\u00bb, qui pourrait bien, comme il l\u2019affirmait \u00e0 l\u2019auteur en 2008, \u00eatre n\u00e9 au 19\u00e8me si\u00e8cle et dont la vie <i>\u00abrecoupe l\u2019histoire du Congo\u00bb<\/i>. Peu importe l\u2019exactitude des dates de naissance, au demeurant, si on accepte que cette tradition orale donne de l\u2019histoire du Congo une version autrement plus cr\u00e9dible que la propagande \u00abdocument\u00e9e\u00bb de g\u00e9n\u00e9rations d\u2019apologistes de la colonisation.<\/p>\n<p><i>\u00a0<\/i><\/p>\n<p><i>\u00abLa Belgique n\u2019avait pas d\u2019exp\u00e9rience de la colonisation mais elle avait encore moins d\u2019exp\u00e9rience de la d\u00e9colonisation\u00bb<\/i>. Ce que Mario Cardoso, un des jeunes combattants de l\u2019ind\u00e9pendance \u00e0 la fin des ann\u00e9es 50, confie \u00e0 David Van Reybrouck r\u00e9sume parfaitement cette \u00e9volution. A l\u2019image de L\u00e9opold II, qui ne mit jamais les pieds dans ses immenses possessions de l\u2019Afrique centrale, la pr\u00e9sence humaine des Belges au Congo fut toujours anecdotique. Quelques milliers d\u2019hommes, pratiquement pas de femmes (sauf des religieuses) jusqu\u2019aux lendemains de la seconde guerre mondiale. Quelques dizaines de milliers au grand maximum ensuite, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019exode pr\u00e9cipit\u00e9 de 1960. Une pr\u00e9sence militaire, administrative, missionnaire et d\u2019encadrement \u00e9conomique dans la phase mini\u00e8re. Une pr\u00e9sence prot\u00e9g\u00e9e de la population noire par un apartheid non officiel mais n\u00e9anmoins rigoureux. Des fonctions \u00e9conomiques essentielles comme le commerce de d\u00e9tail \u00e9taient largement entre les mains d\u2019autres \u00abcoloniaux\u00bb, Portugais, Grecs ou Libanais. La <i>\u00abmission civilisatrice\u00bb<\/i> aupr\u00e8s des Africains se r\u00e9sume \u00e0 l\u2019enseignement primaire, au remplacement de la m\u00e9decine traditionnelle par celle des Blancs (pas toujours pour le meilleur), \u00e0 la construction d\u2019infrastructures routi\u00e8res, ferroviaires, portuaires dont la motivation premi\u00e8re est l\u2019exportation des richesses et \u00e0 l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation catholique, elle m\u00eame \u00e0 l\u2019origine d\u2019une nouvelle religion, le football. Est-il besoin de pr\u00e9ciser que le partage du pillage, aussi bien au Congo qu\u2019en Belgique, fut tr\u00e8s in\u00e9gal, m\u00eame apr\u00e8s que le roi L\u00e9opold eut \u00e9t\u00e9 contraint de c\u00e9der son entreprise personnelle \u00e0 l\u2019Etat belge.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si aucune d\u00e9colonisation (anglaise, fran\u00e7aise, portugaise, n\u00e9erlandaise, etc.) ne peut \u00eatre regard\u00e9e comme <i>\u00abr\u00e9ussie\u00bb<\/i>, celle du Congo belge fut particuli\u00e8rement rat\u00e9e, les vagues meurtri\u00e8res n\u00e9es d\u2019un processus soudain (en quelques semaines \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1960) se succ\u00e9dant jusqu\u2019\u00e0 la <i>\u00ab2\u00e8me guerre du Congo\u00bb<\/i> et ses millions de morts, dans l\u2019ouest du pays, foyer toujours pas \u00e9teint \u00e0 ce jour. La ruse historique des colonisateurs consistant \u00e0 justifier le d\u00e9sastre ant\u00e9rieur que fut la colonisation par celui non moins grand de la d\u00e9colonisation. Alors que le second est, \u00e0 \u00e9vidence, le produit du premier.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si la lecture de <i>\u00abCongo, une histoire\u00bb<\/i> r\u00e9pond, sans ambigu\u00eft\u00e9, \u00e0 la question de ce que la pr\u00e9sence blanche a produit pour l\u2019Afrique centrale (en gros, que du mal), une autre y est pos\u00e9e, entre les lignes\u00a0: ce que la colonisation a fait \u00e0 la Belgique. Dans l\u2019ambition initiale de L\u00e9opold II, il n\u2019y a pas seulement l\u2019app\u00e2t du gain, la volont\u00e9 de participer au d\u00e9pe\u00e7age de l\u2019Afrique par les grandes puissances (au congr\u00e8s de Berlin) mais la conscience de la fragilit\u00e9 intrins\u00e8que du royaume, une cr\u00e9ation artificielle \u00e0 vocation de tampon entre l\u2019Allemagne et la France. Le pillage de l\u2019Afrique centrale financera largement la prosp\u00e9rit\u00e9 du pays, illustr\u00e9e par les monuments du Cinquantenaire \u00e9rig\u00e9s \u00e0 Bruxelles (dont <i>\u00abl\u2019arc des mains coup\u00e9es\u00bb<\/i> pay\u00e9 par les collecteurs de caoutchouc). L\u2019aventure coloniale n\u2019a pas seulement aid\u00e9 la Belgique \u00e0 survivre. Elle a largement contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9difier et consolider les piliers du capitalisme belge, en particulier la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale de Belgique et les principales banques.<\/p>\n<p><b>\u00a0<\/b><\/p>\n<p><b>Une r\u00e9action de panique face au &#8220;Grand Basculement&#8221;<\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais la SGB n\u2019existe plus et les banques ont fait faillite dans la r\u00e9cente crise financi\u00e8re mondiale. Et la Belgique elle-m\u00eame ne va pas tr\u00e8s bien, tenue ensemble par Bruxelles, elle-m\u00eame support\u00e9e par son statut de capitale europ\u00e9enne. La Belgique peut-elle survivre durablement \u00e0 la perte du Congo\u00a0? Ou pour \u00e9largir la question sous une forme moins provocatrice, l\u2019Europe peut-elle surmonter le d\u00e9fi de son d\u00e9clin relatif (sinon encore absolu) dans le monde globalis\u00e9 qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait accoutum\u00e9e \u00e0 construire \u00e0 sa main depuis l\u2019\u00e9pop\u00e9e des grandes d\u00e9couvertes portugaises, la premi\u00e8re \u00abmondialisation\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>2012 aura vu la concr\u00e9tisation du <i>\u00abGrand Basculement\u00bb<\/i> <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/030110\/le-grand-basculement-planetaire-vers-lasie\"><b>(lire ici)<\/b><\/a>, o\u00f9 pour la premi\u00e8re fois la contribution des pays \u00e9mergents et en d\u00e9veloppement \u00e0 la croissance mondiale aura d\u00e9pass\u00e9 celle des pays avanc\u00e9s, Europe, Etats-Unis et Japon. Alors que l\u2019Union europ\u00e9enne s\u2019affiche comme l\u2019homme malade de l\u2019\u00e9conomie mondiale, l\u2019Afrique est le continent qui conna\u00eet la plus forte croissance, le fameux \u00abd\u00e9collage\u00bb tant attendu et jamais concr\u00e9tis\u00e9 semblant \u00eatre enfin enclench\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une \u00e9bauche de r\u00e9ponse \u00e0 la question pos\u00e9e plus haut se trouve dans l\u2019ultime chapitre de <i>\u00abCongo, une histoire\u00bb<\/i>, quand David Van Reybrouck prend l\u2019avion pour\u2026Canton. O\u00f9 des dizaines de milliers Congolais entreprenants, beaucoup de femmes et quelques hommes, r\u00e9sidents temporaires ou permanents, remplissent des conteneurs \u00e0 destination de Matadi (route vers Kinshasa reconstruite par les Chinois) ou de Pointe Noire (Congo ex-fran\u00e7ais) o\u00f9 le racket des douaniers corrompus serait un peu moins pressant. <i>\u00abTcheng<\/i> <i>Tchan Tch\u00e9\u00bb<\/i>\u00a0: c\u2019est ainsi que les Kinois ont rebaptis\u00e9 les \u00abcinq chantiers\u00bb de la reconstruction promise par Joseph Kabila, install\u00e9 sur le \u00abtr\u00f4ne\u00bb apr\u00e8s l\u2019assassinat de son p\u00e8re Laurent-D\u00e9sir\u00e9. <i>\u00abLa population n\u2019a que trop conscience que Kabila a sous-trait\u00e9 la r\u00e9alisation de ses fameux cinq chantiers aux Chinois pour masquer son propre immobilisme, comme il a sous-trait\u00e9 la guerre aux Rwandais et \u00e0 la Momuc\u00bb<\/i>, \u00e9crit l\u2019auteur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>M\u00eame si la Chine ne payait pas tout \u00e0 fait au juste prix (ce qui reste \u00e0 prouver) les dix millions de tonnes de cuivre qu\u2019elle veut extraire du sous-sol du Katanga (soit d\u2019avantage que pendant toute la domination belge), ses milliards de dollars seraient d\u00e9j\u00e0 infiniment plus que ce que la colonisation blanche \u00e0 acquitt\u00e9 pour le pillage s\u00e9culaire de l\u2019Afrique centrale. Et m\u00eame si elle est peu regardante quant aux valeurs que le Vieux Continent pr\u00e9tend aujourd\u2019hui projeter \u00e0 travers la plan\u00e8te, ce n\u2019est pas aux vieilles putains de jouer les dames patronnesses. C\u2019est pourquoi les cris d\u2019orfraie des puissances occidentales (dont la classe politique fran\u00e7aise toujours vautr\u00e9e dans la <i>\u00abFran\u00e7afrique\u00bb<\/i>) et des institutions multilat\u00e9rales qu\u2019elles dominent encore devant ce <i>\u00abn\u00e9ocolonialisme\u00bb<\/i> ne sont pas seulement le remugle du paternalisme colonial qui voyait dans les Africains de <i>\u00abgrands enfants\u00bb.<\/i> Mais surtout, note Van Reybrouck, <i>\u00abune r\u00e9action de panique\u00bb<\/i> devant l\u2019arriv\u00e9e en force d\u2019un nouveau venu dans un jeu dont il change les r\u00e8gles \u00e9tablies. Pas tout seul\u2026et pas en Afrique centrale uniquement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>PS\u00a0: Lorsque je dirigeais le bureau de l&#8217;AFP \u00e0 Bruxelles, le parc de Tervuren et son mus\u00e9e africain (voulus par L\u00e9opold II comme l&#8217;arboretum et le golf du Ravenstein voisins) \u00e9tait une des destinations de mes randonn\u00e9es cyclistes dominicales, d&#8217;un d\u00e9part \u00e0 proximit\u00e9 d&#8217;un autre h\u00e9ritage l\u00e9opoldien, le parc du Cinquantenaire. Ma perception du lieu et de son histoire a compl\u00e9tement chang\u00e9 quand je suis tomb\u00e9 par hasard, dans une librairie de Washington, sur le livre d&#8217;Adam Hochschild <i>&#8220;King Leopold&#8217;s Ghost&#8221;.<\/i> Avec David Van Reybrouck, ce fant\u00f4me prend une dimension universelle. C&#8217;est un miroir dans lequel toute colonisation devrait pouvoir se regarder. Ecrit en flamand, <i>&#8220;Congo, une histoire&#8221; <\/i>a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en fran\u00e7ais fin 2012 chez Actes Sud.\t\t<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Source: M\u00e9diapart.\u00a0 Livre \u00e9v\u00e8nement, &#8220;Congo, une histoire&#8221; d\u00e9cortique, avec une puissance in\u00e9dite, un des \u00e9pisodes les plus sinistres de la longue domination europ\u00e9enne sur la plan\u00e8te, alors que le Vieux Continent vit tr\u00e8s mal la fin de sa pr\u00e9\u00e9minence, \u00e0 l&#8217;heure du Grand Basculement. 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