{"id":5446,"date":"2013-05-06T06:03:06","date_gmt":"2013-05-06T06:03:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ingeta.com\/?p=5446"},"modified":"2013-05-06T06:03:06","modified_gmt":"2013-05-06T06:03:06","slug":"la-resolution-2098-et-leffondrement-du-monopole-de-letat-congolais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/la-resolution-2098-et-leffondrement-du-monopole-de-letat-congolais\/","title":{"rendered":"La r\u00e9solution 2098 et l\u2019effondrement du monopole de l\u2019Etat Congolais"},"content":{"rendered":"<p>\t\t\t\tPar <a href=\"http:\/\/desc-wondo.org\/la-resolution-2098-et-leffondrement-du-monopole-de-letat-congolais-analyse-dun-petard-mouille-jean-jacques-wondo\/\">Jean-Jacques Wondo<\/a>, analyste politique. (Partie I).<\/p>\n<p><em>Cette analyse tente de cerner l\u2019impact de la r\u00e9solution 2098 du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies du 28 mars 2013. Une r\u00e9solution prise \u00e0 la suite de l\u2019Accord-cadre pour la paix, la s\u00e9curit\u00e9 et la coop\u00e9ration pour la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo et la r\u00e9gion, sign\u00e9 \u00e0 Addis-Abeba le 24 f\u00e9vrier 2013 et auquel j\u2019ai consacr\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment une analyse d\u00e9taill\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p><strong>L\u2019arm\u00e9e en tant que d\u00e9tenteur du monopole de la violence l\u00e9gitime : Qu\u2019est-ce \u00e0 dire ?<\/strong><\/p>\n<p>Dans sa d\u00e9finition de l\u2019Etat, le Br\u00e9silien Emilio Willems (Dictionnaire de sociologie, 1970) souligne que l\u2019 \u00ab un des caract\u00e8res principaux de l\u2019\u00c9tat est l\u2019exercice d\u2019un contr\u00f4le coercitif sur ses propres membres ou dans ses rapports avec les autres soci\u00e9t\u00e9s \u00bb. La caract\u00e9ristique de l\u2019Etat r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 de disposer du monopole de la violence l\u00e9gitime. Une violence que l\u2019Etat conf\u00e8re \u00e0 ses forces arm\u00e9es nationales et non \u00e9trang\u00e8res encore moins \u00e0 des mercenaires ni aux milices pour assurer sa d\u00e9fense ext\u00e9rieure ; aux services de police pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure, l\u2019ordre public \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Etat et la recherche des auteurs d\u2019infraction ; et \u00e0 la justice pour r\u00e9guler les processus sociaux et sanctionner les comportements jug\u00e9s en d\u00e9calage par rapport aux normes de la soci\u00e9t\u00e9 (l\u2019Etat). Il s\u2019agit tout bonnement des domaines qui couvrent les pouvoirs r\u00e9galiens d\u2019un Etat de disposer de la puissance publique et qui forment ce que l\u2019on appelle commun\u00e9ment \u00ab imp\u00e9rium \u00bb.<\/p>\n<p>De ce fait, la mission principale d\u2019une arm\u00e9e est naturellement celle de d\u00e9fendre l\u2019ordre constitutionnel fondateur et garant des institutions r\u00e9publicaines de l\u2019Etat (sous sa forme Etat de droit). En tant que garant de l\u2019ordre r\u00e9publicain, l\u2019arm\u00e9e d\u00e9tient le monopole l\u00e9gitime de r\u00e9tablir l\u2019\u00e9quilibre ou de d\u00e9fendre le pays par le recours \u00e0 la violence chaque fois que le pays est menac\u00e9 ou agress\u00e9. Ainsi, l\u2019Etat n\u2019a de sens et d\u2019existence que dans la mesure o\u00f9 il poss\u00e8de les instruments performants capables de lui permettre d\u2019exercer son monopole de la violence l\u00e9gitime. C\u2019est-\u00e0-dire avec le choc de la guerre, l\u2019Etat est oblig\u00e9 de montrer de quoi il est capable. Car sans arm\u00e9e efficace et capable d\u2019exercer cette violence contre l\u2019ennemi, c\u2019est toute la substance constitutive m\u00eame de l\u2019Etat qui s\u2019\u00e9mascule. Cela arrive lorsqu\u2019on a une arm\u00e9e incongrue soutenant un \u00c9tat-coquille vide et expos\u00e9 \u00e0 la merci du premier agresseur.<\/p>\n<p>Dans le manuel de tactique de l\u2019Ecole Royale Militaire en Belgique, on enseigne que chaque Etat dispose d\u2019un certain nombre de facteurs qui constituent son pouvoir : milieu (espace), fronti\u00e8res, population, ressources\u2026 Sous l\u2019angle juridique, la souverainet\u00e9 d\u2019un Etat est le droit exclusif d\u2019exercer l\u2019autorit\u00e9 politique sur une r\u00e9gion g\u00e9ographique donn\u00e9e. Ainsi, dans son fonctionnement interne et dans ses rapports aves les autres Etats, l\u2019objectif principal d\u2019un Etat sera de r\u00e9aliser au maximum l\u2019\u00ab int\u00e9r\u00eat national \u00bb (National Intrest) en faisant appel \u00e0 son pouvoir, ce qui r\u00e9sultera \u00e9videmment en une forme de conflit entre les Etats (Struggle for power) qui sera r\u00e9solu par la confrontation des pouvoirs, notamment par l\u2019emploi des armes.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 le principe universel affirm\u00e9 par Carl von Clausewitz : \u00ab La guerre est un acte de violence dont l\u2019objectif est de contraindre l\u2019adversaire \u00e0 ex\u00e9cuter notre volont\u00e9 \u00bb. Pour cette raison, selon le sociologue Max Weber, l\u2019Etat doit \u00eatre prot\u00e9g\u00e9 contre toute forme d\u2019actions qui peuvent compromettre l\u2019exercice du pouvoir et son existence. Aussi, doit-il exister des services publics charg\u00e9s de permettre \u00e0 l\u2019Etat d\u2019user de ses pr\u00e9rogatives du monopole de la violence l\u00e9gitime et d\u2019assurer son autorit\u00e9 et sa puissance publique sur l\u2019ensemble du territoire national.<\/p>\n<p><strong>L\u2019absence du dyptique \u00ab Arm\u00e9e -Etat \u00bb provoque l\u2019\u00e9clatement du monopole de l\u2019Etat au Congo<\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00f4le sociopolitique de l\u2019arm\u00e9e comme fondateur de l\u2019Etat n\u2019est plus \u00e0 d\u00e9montrer. L\u2019Etat juif en est une illustration parfaite. Dans ses travaux d\u2019\u00e9tudes des structures \u00e9tatiques, le prussien Otto Hinze (1861-1940) a d\u00e9velopp\u00e9 la th\u00e8se selon laquelle la guerre serait \u00e0 l\u2019origine du d\u00e9veloppement de l\u2019Etat moderne. En effet, l\u2019organisation de ce dernier est con\u00e7ue de mani\u00e8re telle \u00e0 lui conf\u00e9rer des capacit\u00e9s de maintenir une stabilit\u00e9, de mener une guerre, d\u2019affirmer ou imposer ses int\u00e9r\u00eats nationaux sur la sc\u00e8ne internationale. Pour appuyer son assertion, l\u2019historien met en avant notamment les origines militaires de la bureaucratie (organisation structur\u00e9e en d\u00e9partements) des Etats modernes de sorte que la volont\u00e9 de d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats nationaux induit un renforcement continu des structures de l\u2019Etat. (Jean-Jacques Wondo, Les arm\u00e9es au Congo-Kinshasa \u2013 Radioscopie de la Force publique aux FARDC, Avril 2013 \u2013 Version revue et augment\u00e9e).<\/p>\n<p>Ce constat amena le sociologue am\u00e9ricain Charles Tilly \u00e0 affirmer que : \u00ab L\u2019Etat fait la guerre et la guerre fait l\u2019Etat \u00bb. En ce sens qu\u2019Il y a un lien ind\u00e9fectible entre la formation de l\u2019Etat et le fait guerrier ou l\u2019arm\u00e9e. Le professeur Andr\u00e9 Corvisier a quant \u00e0 lui affirm\u00e9 que \u00ab l\u2019arm\u00e9e est bien cette \u00ab accoucheuse de l\u2019Etat \u00bb. (Histoire militaire de la France , 1992).<\/p>\n<p>Par ailleurs, depuis que les arm\u00e9es ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9riger en arm\u00e9es de masse, d\u00e8s le XVII\u00e8me si\u00e8cle, elles ont repr\u00e9sent\u00e9 un facteur int\u00e9grateur majeur dans la constitution et la structuration des identit\u00e9s nationales. Cela s\u2019est clairement confirm\u00e9, par exemple, dans la Prusse du XVII\u00e8me si\u00e8cle, au point de pousser Mirabeau \u00e0 s\u2019exclamer : \u00ab La Prusse n\u2019est pas un Etat qui poss\u00e8de une arm\u00e9e, c\u2019est une arm\u00e9e qui a conquis une nation.\u00bb<\/p>\n<p>En observant le d\u00e9p\u00e9rissement des structures de l\u2019Etat au Congo et en faisant le parall\u00e9lisme avec ce qui est d\u00e9crit ci-dessus, l\u2019on se rend compte que les FARDC ne remplissent aujourd\u2019hui aucun crit\u00e8re de fonctionnalit\u00e9 d\u2019une arm\u00e9e fondatrice de l\u2019Etat. Ce dernier \u00e9tant d\u00e9faillant par ce fait m\u00eame. L\u2019arm\u00e9e composite congolaise n\u2019a de nom que d\u2019arm\u00e9e mais toute la substance m\u00eame de sa fonction et de sa mission est inexistante. Face \u00e0 toutes les guerres impos\u00e9es au Congo, l\u2019arm\u00e9e nationale s\u2019est montr\u00e9e incapable de remplir ses missions r\u00e9galiennes consistant \u00e0 mener une guerre cens\u00e9e contraindre l\u2019ennemi \u00e0 la soumission et \u00e0 d\u00e9fendre l\u2019int\u00e9grit\u00e9 nationale. A sa place, ce sont les militaires venus d\u2019ailleurs qui se substitueront \u00e0 cette mission sacr\u00e9e conf\u00e9r\u00e9e \u00e0 une arm\u00e9e appel\u00e9e \u00e0 \u00eatre la garante de la souverainet\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, ce ne sont pas les FARDC qui d\u00e9fendent l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du Congo mais bien la Brigade d\u2019intervention de l\u2019ONU qui le fera \u00e0 leur place. Cet effondrement du monopole de la violence de l\u2019Etat conf\u00e9r\u00e9 aux FARDC a \u00e9t\u00e9 fi\u00e8rement salu\u00e9 par le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, M. Raymond Tshibanda, lorsqu\u2019il a d\u00e9clar\u00e9 tout haut \u00e0 qui veut l\u2019entendre : La r\u00e9bellion M23 doit \u00ab cesser d\u2019exister comme un mouvement politico-militaire \u00bb\u2026 Sinon, \u00ab la Brigade [NDLR: d\u2019intervention de la Monusco et non les FARDC!] s\u2019occupera \u00e0 mettre fin \u00e0 son existence \u00bb.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 une affirmation qui consacre la perte du monopole de la violence de l\u2019Etat congolais, r\u00e9sign\u00e9 \u00e0 confier la tutelle de l\u2019exercice de cette violence aux forces \u00e9trang\u00e8res, notamment la Brigade internationale pour le cas qui nous concerne ici. Une d\u00e9claration qui frise l\u2019infantilisme politique lorsque le ministre des Affaires Etrang\u00e8res d\u2019un Etat souverain s\u2019enorgueillit du fait que son arm\u00e9e loyaliste forte d\u2019environ 140.000 hommes est incapable de contenir une r\u00e9bellion de moins de 5.000 hommes. Et que cette pr\u00e9rogative reviendra d\u00e9sormais \u00e0 une brigade internationale, des pays fr\u00e8res d\u2019Afrique de surcro\u00eet, qui ferait le travail \u00e0 la place des FARDC d\u00e9p\u00e9ries et en lambeaux.<\/p>\n<p>Il n\u2019est d\u00e8s lors pas \u00e9tonnant de lire un observateur attentif de la vie sociopolitique congolaise, en la personne du politologue Dr Dieudonn\u00e9 Wamu, s\u2019exclamer et s\u2019indigner en ces termes :<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est vraiment triste quand on lit tous ces commentaires: le grand Congo, la grande RDC, qui esp\u00e8re \u00eatre sauv\u00e9e par des troupes des petits pays comme le Malawi, la Tanzanie\u2026. C\u2019est pourtant l\u2019arm\u00e9e congolaise qui devrait pouvoir \u00eatre d\u00e9ploy\u00e9e partout ailleurs en Afrique en cas de besoin ! Il ya encore beaucoup de travail \u00e0 faire vraiment. Et quand le ministre Tshibanda se r\u00e9jouit du mandat \u00ab offensif \u00ab confi\u00e9 \u00e0 cette brigade, il fait un terrible et d\u00e9shonorant aveu d\u2019impuissance; car l\u2019arm\u00e9e congolaise (FARDC) est d\u00e9j\u00e0 plus importante que les 2.500 \u00e9l\u00e9ments de la brigade annonc\u00e9e, et elle est toujours d\u00e9j\u00e0 dot\u00e9e de ce mandat offensif qu\u2019elle devrait \u00ab mieux \u00bb ex\u00e9cuter pour chasser les pr\u00e9tendus \u00ab rebelles \u00bb. Tant que cette arm\u00e9e ne sera pas capable de faire son job, tous les suppl\u00e9tifs ext\u00e9rieurs, sous quelque mandat que ce soit, ne seront que des illusions meurtri\u00e8res ! Croire qu\u2019une brigade de 2.500 hommes va r\u00e9ussir l\u00e0 o\u00f9 une force onusienne de 17.000 hommes et une arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re de plus de 150.000 hommes ne r\u00e9ussissent pas\u2026 Bon, il faut attendre et voir !!! \u00bb<\/p>\n<p>Une lecture on ne peut plus claire qui constate \u00e9videmment la perte du monopole de la violence de l\u2019Etat congolais, \u00e9l\u00e9ment constitutif d\u2019un Etat. Et donc la faillite de l\u2019Etat congolais car priv\u00e9 de sa colonne vert\u00e9brale. Un Etat incapable de doter son pays d\u2019un outil militaire dissuasif auquel il doit assigner les buts de faire la guerre \u00e0 l\u2019instar du principe de base exprim\u00e9 avec force par Von CLAUSEVITZ d\u00e8s les premi\u00e8res pages de son manuel (De la Guerre) : \u00ab L\u2019objectif politique, comme mobile initial de la guerre, fournira le but \u00e0 atteindre par l\u2019action militaire, autant que des efforts n\u00e9cessaires \u00bb\u2019 \u00bb.<\/p>\n<p>En effet, c\u2019est la politique qui fixe les buts de la guerre. Une id\u00e9e-force qui aboutit \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre \u2018\u2019Formule\u2019\u2019 universalis\u00e9e, devenue d\u00e9sormais un classique dans le domaine strat\u00e9gique mais constamment cit\u00e9e de fa\u00e7on tronqu\u00e9e, sans en comprendre l\u2019essence : \u00ab La guerre est une simple continuation de la politique par d\u2019autres moyens. La guerre n\u2019est pas seulement un acte politique, mais un v\u00e9ritable instrument politique, une poursuite des relations (ou transactions) politiques, une r\u00e9alisation de celles-ci par d\u2019autres moyens. (Clausewitz, De la Guerre). D\u00e8s lors que l\u2019Etat (Gouvernement) congolais ne sait plus mener une bataille arm\u00e9e, c\u2019est toute sa strat\u00e9gie de conduire la politique nationale et internationale qui s\u2019\u00e9branle. D\u00e8s cet instant, il n\u2019est gu\u00e8re \u00e9tonnant que d\u2019autres viennent lui dicter la mani\u00e8re de faire la politique et la guerre en lui imposant des engagements \u00e0 respecter (Accord-cadre) et une force multinationale pour palier sa d\u00e9faillance r\u00e9galienne.<\/p>\n<p><strong>Le principe de \u00ab la responsabilit\u00e9 de prot\u00e9ger \u00bb comme base juridique de la r\u00e9solution 2098<\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9solution 2098 se pr\u00e9sente aujourd\u2019hui comme une mat\u00e9rialisation de la nouvelle approche g\u00e9opolitique des relations internationales qui consacre le principe de \u00ab transnationalit\u00e9 \u00bb. Il s\u2019agit selon le camerounais Luc SINDJOUN, dans son ouvrage : \u00ab La Sociologie des relations internationales africaines \u00bb ni plus ni moins de l\u00e9gitimer la contestation du monopole \u00e9tatique des relations internationales africaines par l\u2019existence de \u00ab quasi-Etats \u00bb dont la souverainet\u00e9 tiendrait plus de la fiction que de la r\u00e9alit\u00e9. Ce, du fait que l\u2019Etat \u2018africain\u2019 aurait \u00e9chou\u00e9 dans son projet de recherche h\u00e9g\u00e9monique et de totalisation de son espace. La transnationalisation des relations africaines est une cons\u00e9quence de la faiblesse des Etats.<\/p>\n<p>Cette transnationalisation des relations africaines a pouss\u00e9 la Communaut\u00e9 internationale \u00e0 trouver une parade pour venir op\u00e9rer au sein des Etats effondr\u00e9s en inventant le concept de \u00ab la responsabilit\u00e9 de prot\u00e9ger \u00bb. Un concept qui a \u00e9merg\u00e9 en 2002 au Canada dans un contexte g\u00e9opolitique d\u2019une prolif\u00e9ration des guerres intra\u00e9tatiques durant les ann\u00e9es 1990 en Somalie, au Rwanda et dans les Balkans. Il se distingue du droit d\u2019ing\u00e9rence humanitaire cher \u00e0 Bernard Kouchner et \u00e0 Mario Bettati par l\u2019affirmation d\u2019un devoir d\u2019intervention, et non plus seulement d\u2019un droit, sous certaines conditions bien pr\u00e9cises. Il s\u2019agit ni plus ni moins d\u2019une mutation de rh\u00e9torique diplomatique et acad\u00e9mique : d\u2019un discours centr\u00e9 sur l\u2019individu fondant le droit \u00e0 l\u2019ing\u00e9rence humanitaire, on passe \u00e0 un discours centr\u00e9 sur l\u2019Etat et fondant la responsabilit\u00e9 de prot\u00e9ger les individus. Alors que le \u00abdroit d\u2019ing\u00e9rence\u00bb insistait sur les engagements que devaient prendre les Etats \u00e0 l\u2019origine des interventions humanitaires pour justifier et l\u00e9gitimer leurs actions, la \u00abresponsabilit\u00e9 de prot\u00e9ger\u00bb a tendance \u00e0 occulter cet aspect pour insister sur les revendications, les droits et les pr\u00e9rogatives des Etats intervenants potentiels (Rapport de la Commission internationale sur l\u2019intervention et de la souverainet\u00e9 des Etats (CIISE), Ottawa, 2001, p. 16).<\/p>\n<p>Dans cette perspective, le Rapport explique pr\u00e9cis\u00e9ment que \u00abla souverainet\u00e9 \u00e9tatique consiste avant tout \u00e0 assumer deux fonctions constitutives : \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, vis-\u00e0-vis de sa population ; internationalement vis-\u00e0-vis de la communaut\u00e9 des Etats responsables\u00bb Comme l\u2019ont relev\u00e9 les co-pr\u00e9sidents de la Commission, le glissement transforme \u00abl\u2019essence de la souverainet\u00e9, de la capacit\u00e9 de contr\u00f4le [de l\u2019Etat] \u00e0 la responsabilit\u00e9\u00bb vis-\u00e0-vis de ses citoyens. (David Chandler, Comment lestate-building affaiblit les Etats :\u00abLa responsabilit\u00e9 de prot\u00e9ger\u00bb les Etats faillis incombant \u00e0 la communaut\u00e9 internationale est un autre nom pour l\u2019ing\u00e9rence ext\u00e9rieure).<\/p>\n<p>De la sorte, un \u00c9tat ne peut plus invoquer sa souverainet\u00e9 pour refuser toute ing\u00e9rence ext\u00e9rieure \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son territoire national et qu\u2019il est de la responsabilit\u00e9 de la communaut\u00e9 internationale de prot\u00e9ger une population contre des catastrophes ou des violences lorsque l\u2019\u00c9tat dont elle rel\u00e8ve n\u2019est pas dispos\u00e9 \u00e0 le faire ou en est incapable.<\/p>\n<p>Les Nations Unies ont adopt\u00e9 ce principe dans le document final du Sommet mondial de septembre 2005. Le 11 novembre 2009, la Conseil de s\u00e9curit\u00e9 (CS) a vot\u00e9 la r\u00e9solution 1894 sur la protection des civils dans les conflits arm\u00e9s. Par cette r\u00e9solution, le CS \u00e9tablit pour la premi\u00e8re fois un lien entre son action en faveur de la protection des civils et sa responsabilit\u00e9 au titre de la responsabilit\u00e9 de prot\u00e9ger.<\/p>\n<p>C\u2019est sur cette base juridique qu\u2019il faille d\u00e9sormais comprendre l\u2019imposition faite au Gouvernement Congolais de respecter les six engagements de l\u2019Accord-cadre d\u2019Addis-Abeba, qui rel\u00e8vent pourtant et exclusivement de sa politique int\u00e9rieure souveraine. C\u2019est ce qu\u2019a d\u2019ailleurs martel\u00e9 l\u2019envoy\u00e9e sp\u00e9ciale du SG de l\u2019ONU dans la R\u00e9gion des Grands Lacs, Mary Robinson, \u00e0 son arriv\u00e9e \u00e0 Kinshasa le 28 avril 2013, exigeant l\u2019engagement ferme des signataires. Ainsi, l\u2019envoi de la Brigade internationale de l\u2019ONU est une application du principe de \u00ab la responsabilit\u00e9 de prot\u00e9ger \u00bb. Un principe dont l\u2019id\u00e9e ma\u00eetresse est que si la souverainet\u00e9 donne le droit \u00e0 un \u00c9tat de \u00ab contr\u00f4ler \u00bb ses affaires int\u00e9rieures, elle lui conf\u00e8re \u00e9galement la \u00ab responsabilit\u00e9 \u00bb principale de prot\u00e9ger sa population \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ses fronti\u00e8res. De la sorte, au cas o\u00f9 un \u00c9tat ne prot\u00e9gerait pas sa population (comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui pour le gouvernement congolais et ses FARDC), que cette responsabilit\u00e9 soit confi\u00e9e \u00e0 l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 internationale. Cette \u00ab responsabilit\u00e9 \u00bb peut parfois consister dans une guerre officiellement motiv\u00e9e par le secours d\u2019une population victime d\u2019agressions des groupes arm\u00e9s.<\/p>\n<p>La mission confi\u00e9e \u00e0 la Brigade internationale de l\u2019ONU de mener la guerre contre les forces n\u00e9gatives au nombre desquelles se retrouve le M23 est donc une belle illustration de l\u2019application effective de cette nouvelle doctrine g\u00e9opolitique des nations unies.<\/p>\n<p>Ainsi, comme le souligne Gauthier de Villers (in \u00ab Conjonctures Congolaises 2012\u2033 ; L\u2019harmattan, Paris, 2013), sans l\u2019implication et la responsabilisation d\u2019acteurs congolais, on ne peut esp\u00e9rer un changement substantiel des dynamiques sociales et politiques. Or les espoirs que l\u2019on avait mis au Congo\u2026 sont aujourd\u2019hui retomb\u00e9s. On s\u2019est rendu compte que les ONG, les Eglises, les syndicats (NDLR et m\u00eame la communaut\u00e9 internationale dont la MONUSCO) n\u2019\u00e9chappent pas en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 la logique patrimoniale et client\u00e9liste qui r\u00e9git le syst\u00e8me sociopolitique congolais.<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9solution 2098 n\u2019est-pas une premi\u00e8re dans les annales des Nations Unies au Congo<\/strong><\/p>\n<p>En lisant la presse sp\u00e9cialis\u00e9e et bon nombre d\u2019analystes, c\u2019est surprenant de constater que d\u2019aucuns ont qualifi\u00e9 la r\u00e9solution 2098 de premi\u00e8re dans les annales des Nations unies. Il s\u2019agit de faire preuve d\u2019une amn\u00e9sie historique ou d\u2019une ignorance da la question Congolaise depuis 1960. En fouillant la gen\u00e8se du Congo ind\u00e9pendant, on constatera que cette r\u00e9solution ne constitue pas vraiment une premi\u00e8re car c\u2019est plus ou moins un remake, dans sa version light, de ce qui s\u2019est pass\u00e9 entre 1960 et 1961 par les r\u00e9solutions 161 et 169 du CS des Nations Unies qui ont actionn\u00e9 l\u2019application de l\u2019article 42 du chapitre 7 de la Charte des Nations Unies.<\/p>\n<p>En effet, pour rappel, la R\u00e9solution 161 du Conseil de S\u00e9curit\u00e9, motiv\u00e9e par la demande d\u2019intervention des autorit\u00e9s congolaises en vue de faire cesser \u00ab l\u2019agression de la Belgique \u00bb, en mettant l\u2019ANC (Arm\u00e9e nationale Congolaise) sous assistance militaire de l\u2019ONU. Une autre R\u00e9solution 169 du CS du 24 novembre 1961, adopt\u00e9e avec les abstentions de la France et du Royaume-Uni, motive la mise sous tutelle de l\u2019Arm\u00e9e congolaise non plus sur la demande d\u2019intervention des autorit\u00e9s congolaises mais par le besoin urgent d\u2019assister le Gouvernement central dans la restauration et le maintien de l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019Etat: \u00ab to assist the Central Government of the Congo in the restauration and maintenance of low and order.\u00bb Ces deux r\u00e9solutions ont permis aux contingentsdes Nations Uniesde se substituer, comme aujourd\u2019hui, devant l\u2019inexistence de l\u2019Arm\u00e9e congolaise, \u00e0 l\u2019Etat congolais dans le r\u00e9tablissement de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale par de v\u00e9ritables affrontements arm\u00e9s au Katanga S\u00e9cessionniste \u00e9conomiquement.\t\t<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Jean-Jacques Wondo, analyste politique. (Partie I). Cette analyse tente de cerner l\u2019impact de la r\u00e9solution 2098 du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies du 28 mars 2013. Une r\u00e9solution prise \u00e0 la suite de l\u2019Accord-cadre pour la paix, la s\u00e9curit\u00e9 et la coop\u00e9ration pour la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo et la r\u00e9gion, sign\u00e9 \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5447,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"content-type":"","footnotes":""},"categories":[107,124],"tags":[],"class_list":["post-5446","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-analyses-commentaires","category-politique-societe"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5446","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5446"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5446\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5446"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5446"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5446"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}