{"id":5011,"date":"2013-02-08T14:33:59","date_gmt":"2013-02-08T14:33:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ingeta.com\/?p=5011"},"modified":"2013-02-08T14:33:59","modified_gmt":"2013-02-08T14:33:59","slug":"la-rdc-la-cohesion-nationale-et-ses-fondements-immateriels","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/la-rdc-la-cohesion-nationale-et-ses-fondements-immateriels\/","title":{"rendered":"La RDC, la coh\u00e9sion nationale et ses fondements immat\u00e9riels"},"content":{"rendered":"<p>\t\t\t\tPar Jean-Pierre Mbelu<br \/>\n<strong><br \/>\nLa coh\u00e9sion nationale ne se d\u00e9cr\u00e8te pas. Elle se b\u00e2tit, sur le temps, sur des bases saines ou assainies. Peut-on \u00e0 la fois pr\u00f4ner la coh\u00e9sion nationale et pratiquer des politiques \u00e9conomiques antisociales ? Peut-on pr\u00f4ner la coh\u00e9sion nationale sans une remise en question profonde des proc\u00e9dures politiques ayant conduit \u00e0 des \u00e9lections chaotiques ? Ces deux questions nous pr\u00e9occupent eu \u00e9gard \u00e0 la campagne pour le dialogue entre Congolais(es) telle qu\u2019elle se m\u00e8ne aujourd\u2019hui \u00e0 Kinshasa.<\/strong><\/p>\n<p>A Kinshasa, plusieurs compatriotes, membres des partis politiques et de la soci\u00e9t\u00e9 civile, \u00e9changent de plus en plus autour d\u2019un probable dialogue national. Ils estiment, \u00e0 la suite de Joseph Kabila, que pour mettre fin \u00e0 la guerre de basse intensit\u00e9 impos\u00e9e \u00e0 notre pays depuis les ann\u00e9es 90, la coh\u00e9sion nationale est indispensable.<\/p>\n<p>Mais, il ne nous semble pas possible de travailler \u00e0 l\u2019av\u00e8nement d\u2019une v\u00e9ritable coh\u00e9sion nationale congolaise sans une bonne ma\u00eetrise des objectifs de cette guerre de basse intensit\u00e9 et sans une approche cons\u00e9quente de ses commanditaires externes et internes. Nous ne le dirons jamais assez, la guerre qui s\u00e9vit chez nous fait partie de toutes \u00ab ces guerres secr\u00e8tes des grandes puissances en Afrique \u00bb qui sont \u00e0 la fois des \u00ab guerres secr\u00e8tes de la politique et de la justice internationales \u00bb et des soutiens au pillage, \u00e0 la corruption et \u00e0 la criminalit\u00e9 en Afrique.\u00bb Il s\u2019agit l\u00e0 de tout un syst\u00e8me de capitalisme sauvage contre lequel le Congo, l\u2019Afrique et plusieurs pays occidentaux et asiatiques se battent aujourd\u2019hui. Evoquer ce syst\u00e8me peut aider \u00e0 comprendre les pi\u00e8ges contre lesquels les artisans de la coh\u00e9sion nationale congolaise sont oblig\u00e9s de se battre.<\/p>\n<p>Qui dit coh\u00e9sion nationale (ou sociale) fait allusion \u00e0 deux ingr\u00e9dients immat\u00e9riels indispensables \u00e0 sa r\u00e9alisation : un sentiment de justice et un degr\u00e9 minimal de confiance[1].<\/p>\n<p>Pour \u00e9prouver un sentiment de justice, il faut avoir fait l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une \u00e9galit\u00e9 politique entre citoyens et citoyennes ; mais aussi avoir partag\u00e9e l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une justice distributive (ou re-distributive) juste, accordant un regard pr\u00e9f\u00e9rentiel aux plus d\u00e9munis de la soci\u00e9t\u00e9, aux marginalis\u00e9s et aux laiss\u00e9s pour compte. Eprouver un sentiment de justice demande qu\u2019on ait fait l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un ajustement civique et collectif des citoyens \u00e0 un profil de v\u00e9ritables patriotes vivant de la fiert\u00e9 d\u2019\u00eatre congolais, d\u2019 une grande libert\u00e9 d\u2019action et d\u2019un sens aigu de souverainet\u00e9. Egalit\u00e9 politique (devant la loi), justice distributive et ajustement collectif \u00e0 un profil citoyen d\u2019excellence constituent l\u2019une des bases de la coh\u00e9sion nationale.<\/p>\n<p>Or, depuis plus de cinq d\u00e9cennies, les Congolais(es), dans leur immense majorit\u00e9, font la dure exp\u00e9rience d\u2019\u00eatre trait\u00e9(es) comme des citoyen(ne)s de seconde zone. Sous Mobutu, face aux \u00ab dinosaures \u00bb et sous les Kabila, face aux \u00ab nouveaux pr\u00e9dateurs \u00bb. La justice distributive est demeur\u00e9e inexistante. Cela pour une raison majeure : l\u2019application des politiques \u00e9conomiques d\u2019ajustement structurel dict\u00e9es par le Fonds mon\u00e9taire international ; lesquelles politiques sont antisociales. Dans ce contexte, comment peut-on \u00e0 la fois chercher \u00e0 r\u00e9aliser la coh\u00e9sion sociale (nationale) tout en cherchant \u00e0 appliquer les politiques \u00e9conomiques antisociales ? (Pour rappel, dans son dernier p\u00e9riple am\u00e9ricain, Matata Mponyo, l\u2019actuel premier Ministre de fait, devait aller s\u2019agenouiller au FMI.)<\/p>\n<p>A ce point de notre analyse, nous soutenons qu\u2019il n\u2019y aura pas de coh\u00e9sion sociale (nationale) tant que le Congo, notre pays, sera soumis aux programmes d\u2019ajustement structurel du FMI. Cela d\u2019autant plus que l\u2019application de ces programmes conduit au non-respect des droits sociaux, \u00e9conomiques et culturels des compatriotes ; lesquels droits sont constitutifs du sentiments de respect de soi, de dignit\u00e9, de libert\u00e9 et d\u2019\u00e9galit\u00e9. Elle r\u00e9duit nos compatriotes \u00e0 \u00ab l\u2019\u00e9tat de nature \u00bb et est g\u00e9n\u00e9ratrice de violence. (L\u2019Europe est en train d\u2019en faire l\u2019exp\u00e9rience depuis qu\u2019elle applique les plans d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 dict\u00e9s par le FMI) Il n\u2019y aura donc pas de coh\u00e9sion sociale (nationale) sans une r\u00e9sistance organis\u00e9e collectivement contre le mod\u00e8le n\u00e9olib\u00e9ral dont le FMI et la Banque mondiale sont de \u00ab petites mains \u00bb.<\/p>\n<p>Les pays latino-am\u00e9ricain qui r\u00e9ussissent tant soit peu leur coh\u00e9sion sociale sont ceux qui utilisent l\u2019argent de la vente de leurs mati\u00e8res premi\u00e8res (surtout le p\u00e9trole) pour financer l\u2019\u00e9ducation, la sant\u00e9, le logement, les coop\u00e9ratives et les emplois. Ils ont coup\u00e9 le cordon ombilical avec le FMI et sont en train de travailler \u00e0 la mise sur pied de leur propre Banque du Sud. L\u2019Equateur, la Bolivie et le Venezuela peuvent \u00eatre cit\u00e9s comme exemple.<\/p>\n<p>La confiance est le deuxi\u00e8me ingr\u00e9dient rentrant dans la fabrication de la coh\u00e9sion nationale.<\/p>\n<p>Elle na\u00eet entre les compatriotes habitu\u00e9s \u00e0 travailler ensemble en suivant un certain nombre de r\u00e8gles communes. Elle grandit l\u00e0 o\u00f9 de petites structures du quartier, de la commune ou du village essaient d\u2019\u00eatre des lieux d\u2019\u00e9change, de d\u00e9bat, de palabre et d\u2019actions \u00e0 impact visible commune. Elle prend son envol sur l\u2019esprit de solidarit\u00e9, de coop\u00e9ration et de fraternit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans un pays o\u00f9 les \u00e9lections locales ont \u00e9t\u00e9 toujours remises aux calendes grecques, ces petites structures sont inexistantes ; le Congo n\u2019a pas une base organis\u00e9e et structur\u00e9e. Il n\u2019a pas de v\u00e9ritables repr\u00e9sentants du peuple de la base qui lui soient un peu plus proches.<\/p>\n<p>Et au niveau national, les proc\u00e9dures \u00e9lectorales ont \u00e9t\u00e9 chaotiques : il n\u2019y a pas eu de recensement ; il y a eu achat des votes, fraudes et bourrages d\u2019urnes, etc. A ce niveau, la confiance a \u00e9t\u00e9 bris\u00e9e ; les gouvernants issus de ces proc\u00e9dures sont ill\u00e9gitimes. Elle doit \u00eatre fabriqu\u00e9e. Elle ne le sera pas sans que les proc\u00e9dures idoines soient remises en place et qu\u2019un minimum d\u2019\u00e9thique politique puisse \u00eatre respect\u00e9.<\/p>\n<p>Il peut \u00eatre possible qu\u2019au cours d\u2019un dialogue entre Congolais(es) une entente se d\u00e9gage au sujet desdites proc\u00e9dures. Mais il y a tout un pass\u00e9 de \u00ab g\u00e9nocide silencieux \u00bb qui attend d\u2019\u00eatre pass\u00e9 au peigne fin ; pass\u00e9 dans lequel certains \u00ab acteurs politiques \u00bb actuels sont impliqu\u00e9s\u2026 Notre peur est qu\u2019il y ait \u00ab un dialogue entre copains \u00bb pour un partage compromettant des postes ; sans plus.<\/p>\n<p>A notre humble avis, le Congo, notre pays, a besoin non d\u2019un \u00ab petit dialogue \u00bb mais d\u2019une rupture (port\u00e9e par les \u00e9lites \u00ab h\u00e9r\u00e9tiques \u00bb et les masses populaires critiques) allant dans le sens d\u2019une refondation politique de notre pays sur des bases politiques, \u00e9conomiques, sociales, spirituelles et culturelles saines. Il a besoin de ses filles et fils visionnaires, capables de l\u2019entra\u00eener, \u00e0 court, moyen et long terme dans un autre syst\u00e8me que le n\u00e9olib\u00e9ral actuel. Les minorit\u00e9s organis\u00e9es et agissantes devraient y travailler davantage.<\/p>\n<p>En Am\u00e9rique Latine, Rafael Correa (Equateur), Evo Morales (Bolivie) et Hugo Chavez (Venezuela) sont pass\u00e9s par cette douloureuse rupture plus ou moins refondatrice et se sont engag\u00e9s dans le socialisme du XXIe si\u00e8cle en perp\u00e9tuant l\u2019h\u00e9ritage bolivarien. Nous aussi, nous pouvons y arriver. Mais pas avec \u00ab les bons \u00e9l\u00e8ves \u00bb du FMI et les marionnettes des \u00ab ma\u00eetres du monde \u00bb sur le d\u00e9clin. Il y a encore du chemin \u00e0 faire.<\/p>\n<p><em>Mbelu Babanya Kabudi<\/em><\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" name=\"13cb9a71fe0c2aec__ftn1\"><\/a>[1] Lire J.-C. GUILLEBAUD, <em>Une autre vie est possible. Comment retrouver l\u2019esp\u00e9rance<\/em>, Paris, L\u2019Iconoclaste, 2012, p. 206.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Jean-Pierre Mbelu La coh\u00e9sion nationale ne se d\u00e9cr\u00e8te pas. Elle se b\u00e2tit, sur le temps, sur des bases saines ou assainies. Peut-on \u00e0 la fois pr\u00f4ner la coh\u00e9sion nationale et pratiquer des politiques \u00e9conomiques antisociales ? 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