{"id":3305,"date":"2012-06-07T13:29:20","date_gmt":"2012-06-07T13:29:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ingeta.com\/?p=3305"},"modified":"2012-06-07T13:29:20","modified_gmt":"2012-06-07T13:29:20","slug":"guerre-de-linformation-et-interets-de-puissance-au-zaire-19961997","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/guerre-de-linformation-et-interets-de-puissance-au-zaire-19961997\/","title":{"rendered":"Guerre de l\u2019information et int\u00e9r\u00eats de puissance au Za\u00efre (1996\/1997)"},"content":{"rendered":"<p>\t\t\t\t<em>Source: <a href=\"http:\/\/www.infoguerre.fr\/matrices-strategiques\/guerre-de-l-information-et-interets-de-puissance-au-zaire-96-97\/\">Infoguerre.fr<\/a>. Publi\u00e9 le 22 juillet 2002.<\/em><\/p>\n<p><em><strong>Cette fiche fait le point sur les op\u00e9rations de d\u00e9sinformation utilis\u00e9es lors des \u00e9v\u00e9nements politiques et militaires intervenus au Za\u00efre, entre ao\u00fbt 1996 et mai 1997. Elle met en outre en lumi\u00e8re l\u2019ampleur des strat\u00e9gies de guerre psychologique d\u00e9velopp\u00e9es par M. Kabila et ses alli\u00e9s r\u00e9gionaux (Rwanda, Ouganda, Angola), voire internationaux (Etats-Unis) contre le pouvoir mobutiste za\u00efrois.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>I \u2013 Introduction: un contexte r\u00e9gional crisog\u00e8ne<\/strong><\/p>\n<p>Les \u00e9v\u00e9nements militaires za\u00efrois ne peuvent \u00eatre dissoci\u00e9s du contexte r\u00e9gional extr\u00eamement instable qui pr\u00e9valait dans la p\u00e9riode 1996-97. L\u2019embrasement du Kivu, r\u00e9gion situ\u00e9e \u00e0 la fronti\u00e8re du Za\u00efre, du Rwanda, de l\u2019Ouganda et du Burundi \u00e9tait, dans une grande mesure, la cons\u00e9quence logique d\u2019une situation s\u00e9curitaire de plus en plus incontr\u00f4lable pour les voisins orientaux de Kinshasa. Kigali, Kampala et Bujumbura subissaient, en effet, les incursions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de leurs oppositions arm\u00e9es respectives r\u00e9fugi\u00e9es dans l\u2019Est za\u00efrois et souhaitaient, pour y parer, mettre en place un glacis strat\u00e9gique sur leur fronti\u00e8re orientale. Au del\u00e0 de ce souci s\u00e9curitaire, les r\u00e9gimes rwandais et ougandais ont aussi vu dans l\u2019explosion du Kivu une opportunit\u00e9 pour d\u00e9stabiliser un pouvoir mobutiste jug\u00e9 corrompu et anachronique.<\/p>\n<p>Orient\u00e9s en grande partie autour du Kivu, province agricole riche et convoit\u00e9e, les affrontements za\u00efrois s\u2019inscrivent dans un contexte r\u00e9gional plus large. Il est marqu\u00e9 par trois conflits dans lesquels le Za\u00efre \u00e9tait, \u00e0 des degr\u00e9s divers, indirectement impliqu\u00e9 : le conflit des Grands lacs (Rwanda, Burundi, Ouganda) o\u00f9 les r\u00e9bellions Hutii utilisaient l\u2019Est za\u00efrois comme base arri\u00e8re; le conflit soudanais (Ouganda, Ethiopie, Erythr\u00e9e, Soudan), o\u00f9 Kinshasa apparaissait comme un alli\u00e9 objectif du r\u00e9gime islamiste soudanais; le conflit angolais enfin, o\u00f9 Mobutu offrait \u00e0 l\u2019opposition arm\u00e9e angolaise de l\u2019UNITA (Union nationale pour l\u2019ind\u00e9pendance totale de l\u2019Angola) des facilit\u00e9s \u00e0 la fois militaires (bases arri\u00e8res) et financi\u00e8res (trafic du diamant angolais). Ce contexte r\u00e9gional extr\u00eamement instable, dont le Za\u00efre apparaissait pour ses voisins comme l\u2019\u00e9picentre, a donc favoris\u00e9 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une coalition informelle contre Mobutu r\u00e9unissant, \u00e0 travers des int\u00e9r\u00eats convergents, le Rwanda, l\u2019Ouganda, le Burundi, la Tanzanie, l\u2019Angola, la Zambie, le Zimbabwe et l\u2019Afrique du Sud.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>II \u2013 Les op\u00e9rations de guerre psychologique.<\/strong><\/p>\n<p><strong>2.1 les acteurs<\/strong><\/p>\n<div>\n<ul>\n<li><em>L\u2019Alliance des Forces d\u00e9mocratiques de lib\u00e9ration du Congo-Za\u00efre (AFDL)<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p><em> <\/em>L\u2019AFDL est une coalition qui regroupe des partis de l\u2019ancienne mouvance lumumbiste (nationaliste) et des mouvements \u00e0 caract\u00e8re ethno-r\u00e9gionaliste. Elle s\u2019est \u00e9largie, en octobre 1996, avec l\u2019incorporation du parti form\u00e9 par les Tutsi du Sud-Kivu (Banyamulenge). L\u2019Alliance est indissociable de son leader charismatique, M. Laurent D\u00e9sir\u00e9 KABILA. Originaire du Katanga, r\u00e9volutionnaire d\u00e8s les premi\u00e8res heures de l\u2019ind\u00e9pendance congolaise, Kabila ne jouait plus aucun r\u00f4le politique majeur au Za\u00efre depuis les ann\u00e9es soixante. Petit chef de guerre \u00e0 la t\u00eate d\u2019une centaine d\u2019hommes, trafiquant d\u2019or, de diamants,d\u2019ivoire et d\u2019armes, ses contacts permanents avec le pr\u00e9sident ougandais Museveni, depuis leur rencontre dans les ann\u00e9es soixante-dix en Tanzanie, lui ont permis de devenir le porte-\u00e9tendard id\u00e9al de l\u2019Alliance. Nomm\u00e9 coordinateur du mouvement en octobre 1996 (soit un mois apr\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019offensive), son aura et sa personnalit\u00e9 font de lui le \u00ab lib\u00e9rateur \u00bb parfait. A ce titre, il sera instrumentalis\u00e9 par ses parrains ougando-rwandais qui pourront ainsi masquer leur ing\u00e9rence directe dans le conflit derri\u00e8re la nature \u00ab zairo-zairoise \u00bb du conflit.<\/p>\n<ul>\n<li><em>le tandem rwando-ougandais<\/em><em><\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p>Les dirigeants rwandais (M. Kagam\u00e9) et ougandais (M. Museveni) sont li\u00e9s par une proximit\u00e9 ethnique (groupe Hima-Tutsi) et de lutte politico-militaire (prise de pouvoir par la force, en 1986 pour Museveni, 1994 pour Kagam\u00e9). Tous deux anciens chefs de gu\u00e9rilla et leaders afro-progressistes, ils partageaient des int\u00e9r\u00eats communs \u00e0 la chute de Mobutu.<\/p>\n<ul>\n<li><em>L\u2019Angola<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p><em> <\/em>Le r\u00f4le de l\u2019Angola dans la chute du r\u00e9gime mobutiste, a \u00e9t\u00e9 important au niveau diplomatique, gr\u00e2ce, entre autre, \u00e0 son action politique vis \u00e0 vis du Za\u00efre. Luanda a cach\u00e9 son intervention jusqu\u2019en janvier 1997 en signant, le 21 d\u00e9cembre 1996, un accord de normalisation des relations avec Kinshasa. L\u2019Angola et le Za\u00efre renon\u00e7aient, au moins pour un temps, aux manoeuvres de d\u00e9stabilisation r\u00e9ciproques. Cette habilet\u00e9 a occulter, pendant une p\u00e9riode importante, leur implication dans l\u2019AFDL, a permis aux angolais de n\u2019appara\u00eetre qu\u2019en filigrane dans l\u2019apport militaire \u00e0 l\u2019Alliance, alors que leurs actions au Katanga (ex-Shaba) et lors de la chute de Kinshasa se sont montr\u00e9es d\u00e9terminantes. Tout comme le Rwanda, l\u2019Angola a su masquer son intervention militaire directe par l\u2019interm\u00e9diaire des Gendarmes katangais, Za\u00efrois chass\u00e9s de la province du Katanga (sud\ufdd3ouest du Za\u00efre) lors de leur tentative d\u2019ind\u00e9pendance (1960) et r\u00e9fugi\u00e9s depuis en Angola.<\/p>\n<p><strong>2.2 les op\u00e9rations de guerre psychologigue<\/strong><\/p>\n<p>La progression tr\u00e8s rapide des forces de l\u2019AFDL s\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019une campagne de d\u00e9sinformation en amont extr\u00eamement pouss\u00e9e tant au plan r\u00e9gional qu\u2019international.<\/p>\n<p>L\u2019AFDL est une cr\u00e9ation ougando-rwandaise qui visait \u00e0 donner \u00e0 l\u2019op\u00e9ration militaire au Kivu une couverture locale. La pr\u00e9sence et l\u2019utilisation de Kabila permettait de maintenir l\u2019illusion selon laquelle la crise n\u2019\u00e9tait qu\u2019une r\u00e9volte du peuple za\u00efrois. Enfait, il semblerait que cette op\u00e9ration faisait partie dune strat\u00e9gie de conqu\u00eate mise au point par le Rivanda et l\u2019Ouganda d\u00e8s 1995.<\/p>\n<ul>\n<li><em>L\u2019utilisation de l\u2019argument ethnique: le cas banyamulenge<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p>Une fois la l\u00e9gitimit\u00e9 politique (mouvement de lib\u00e9ration nationale) de l\u2019Alliance mise au point, celle-ci pouvait commencer \u00e0 se consacrer \u00e0 la phase pr\u00e9paratoire de l\u2019offensive. Cette pr\u00e9paration a eu une perspective essentiellement psychologique dont l\u2019objectif \u00e9tait d\u2019une part, de jeter le discr\u00e9dit sur la politique za\u00efroise et, d\u2019autre part, de cr\u00e9er l\u2019\u00e9tincelle qui permettrait l\u2019embrasement de la r\u00e9gion. A cette fin les Rwandais ont infiltr\u00e9s des soldats de l\u2019ethnie Batiyamulenge(Tutsi za\u00efrois du sud Kivu) au coeur m\u00eame du Kivu. Ceux-ci ont alors commis des exactions \u00e0 l\u2019encontre des r\u00e9fugi\u00e9s hutus rwandais et des autochtones provenant d\u2019autre ethnies que la leur (Bavira). Les FAZ(Forces Arm\u00e9es Za\u00efroises.) sont intervenus dans un premier temps pour tenter de r\u00e9tablir un semblant de s\u00e9curit\u00e9, avant de s\u2019en prendre \u00e0 leur tour aux Banyamulenge, apr\u00e8s avoir re\u00e7u l\u2019ordre du gouverneur du Kivu de les chasser de la r\u00e9gion. Les Rwandais ont utilis\u00e9 le pr\u00e9texte de cette r\u00e9pression des FAZ pour justifier leur intervention. Ils ont cr\u00e9\u00e9 un mythe autour de cette ethnie amalgam\u00e9e, pour l\u2019opinion internationale, \u00e0 l\u2019ensemble de la population du Kivu. En fait, les Banyamulenge ne repr\u00e9sentaient que 200 000 personnes, soit \u00e0 peine 3% de la population de la r\u00e9gion (0.5% de la population za\u00efroise). Les FAZ ont alors \u00e9t\u00e9 assimil\u00e9es en tant que \u00ab tueurs de Banyamulenge \u00bb, proc\u00e9d\u00e9 psychologique qui est, d\u2019ailleurs, \u00e0 mettre en parall\u00e8le avec la m\u00e9thode utilis\u00e9e par le FPR (Front Patriotique Rwandais.) au Rwanda en 1994, assimilant les Hutus aux g\u00e9nocideurs. La diabolisation des FAZ dans le pays autorisait du m\u00eame coup \u00e0 pr\u00e9senter les forces de l\u2019AFDL en lib\u00e9rateurs, d\u00e8s le lancement de l\u2019offensive.<\/p>\n<ul>\n<li><em>la ma\u00eetrise locale et internationale des m\u00e9dias<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p>Pendant toute la crise, les forces de l\u2019AFDL se sont efforc\u00e9es de contr\u00f4ler les m\u00e9dias et leur impact sur l\u2019opinion international avec deux objectifs essentiels: maintenir leur avantage psychologique acquis apr\u00e8s \u00ab l\u2019affaire \u00bb des Banyamulenge et contr\u00f4ler toute critique n\u00e9faste \u00e0 leur avanc\u00e9e sur Kinshasa. Dans cette optique, l\u2019AFDL a organis\u00e9e des campagnes de presse \u00e0 destination des m\u00e9dias internationaux. Les premiers reportages de CNN montraient des r\u00e9fugi\u00e9s souvent bien portants, ce qui peut surprendre si l\u2019on consid\u00e8re qu\u2019ils sont cens\u00e9s avoir march\u00e9 des dizaines de kilom\u00e8tres sans se nourrir, et s\u2019exprimant en anglais (qui n\u2019est pas la langue la plus commun\u00e9ment parl\u00e9e par les r\u00e9fugi\u00e9s hutus). Au moins un r\u00e9fugi\u00e9 interrog\u00e9 sur CNN \u00e9tait m\u00eame d\u2019origine tutsie. L\u2019exp\u00e9rience acquise par l\u2019APR au Rwanda depuis 1994, ainsi que la d\u00e9nonciation syst\u00e9matique d\u2019une remont\u00e9e en puissance des ex-FAR (Forces arm\u00e9es rwandaises, troupes de l\u2019ancien r\u00e9gime Hutu rwandais) et des risques de nouveaux massacres, voire de g\u00e9nocides, en d\u00e9coulant, a port\u00e9 ses fruits. L\u2019AFDL a manipul\u00e9 dans son sens l\u2019ensemble des m\u00e9dias internationaux en focalisant leur attention sur le probl\u00e8me des r\u00e9fugi\u00e9s. Cette victoire m\u00e9diatique marquait le point final \u00e0 une guerre de propagande commenc\u00e9e plusieurs mois auparavant par l\u2019APR, avant la formation de l\u2019AFDL. De la diabolisation des ex-FAR \u00e0 la lib\u00e9ration des camps de r\u00e9fugi\u00e9s du Kivu par les hommes de Kabila, la gestion des m\u00e9dias par l\u2019APR-AFDL s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e de mani\u00e8re professionnelle. Il existait au sein de l\u2019AFDL une v\u00e9ritable cellule de presse dirig\u00e9e par des conseillers m\u00e9diatiques sp\u00e9cialis\u00e9s les uns pour la presse \u00e9crite les autres pour la presse audiovisuelle. Cette m\u00e9thode rigoureuse de suivi de l\u2019information se montra d\u2019autant plus efficace qu\u2019une telle structure n\u2019existait pas du c\u00f4t\u00e9 za\u00efrois. Ayant tir\u00e9e les le\u00e7ons du g\u00e9nocide rwandais de 1994, en particulier de l\u2019impact des radios sur la population (cas de la Radio des milles collines), l\u2019AFDL a mis en place une radio qui repr\u00e9sentait le seul outil m\u00e9diatique accessible sur le terrain. Ses \u00e9missions ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9es d\u2019abord depuis deux \u00e9metteurs situ\u00e9s au Rwanda (Cyangugu et Gisenyi), puis depuis les villes za\u00efroises de Goma, Bukavu et Bunia. Les rebelles ont exerc\u00e9 un contr\u00f4le total sur ce moyen, de sorte qu\u2019aucune autre information ne pouvait arriver dans la province du Kivu.<\/p>\n<p>L\u2019outil m\u00e9diatique a servi aux hommes de Kabila dans le cadre de la gestion des r\u00e9fugi\u00e9s hutus. La conduite du probl\u00e8me des r\u00e9fugi\u00e9s devait se faire le plus rapidement possible afin de contrer une \u00e9ventuelle intervention des Nations-Unies au Za\u00efre qui risquait indirectement d\u2019interrompre la progression des rebelles. Dans un premier temps, les troupes de l\u2019Alliance ont vid\u00e9 les camps par la force. Les rebelles ont ensuite cherch\u00e9 \u00e0 rabattre une partie des r\u00e9fugi\u00e9s vers le Rwanda en les affamant. Avec les premiers retours, le gouvernement de Kigali a entreprit ses actions diplomatiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la communaut\u00e9 internationale en d\u00e9clarant que la grande majorit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 rapatri\u00e9e et qu\u2019il n\u2019\u00e9tait d\u00e8s lors, plus n\u00e9cessaire d\u2019envoyer une force d\u2019interposition dans la r\u00e9gion. Pour \u00e9tayer ces affirmations, le Rwanda a ouvertement sur\u00e9valu\u00e9 leur nombre. Kigali s\u2019est ainsi offert une marge d\u2019erreur qui a camoufl\u00e9 la disparition et, implicitement, la mort d\u2019une bonne partie des r\u00e9fugi\u00e9s. Le premier jour, les Rwandais ont d\u00e9clar\u00e9 que 500 000 hutus rwandais \u00e9taient de retour alors qu\u2019\u00e0 peine 300 000 avaient pass\u00e9 la fronti\u00e8re. Dans la nuit du 13 au 14 novembre 1996, les forces de l\u2019AFDL ont attaqu\u00e9 les camps de la zone de Mugunga Sake o\u00f9 stationnaient pr\u00e8s de 750 000 r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n<p>Entre 200 et 250 000 d\u2019entre eux semblent s\u2019\u00eatre dirig\u00e9s vers la fronti\u00e8re rwandaise mais 400 000 ont fui vers l\u2019ouest ou, pour la moiti\u00e9 d\u2019entre eux, ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s. L\u2019AFDL a ni\u00e9 leur existence et la marge prise dans la comptabilit\u00e9 des retours a couvert ce d\u00e9ficit au yeux de l\u2019opinion internationale. Cette soustraction a entraim\u00e9, de facto, la dissolution de la force multinationale d\u2019interposition, le 14 d\u00e9cembre 1996. Aujourd\u2019hui, on peut consid\u00e9rer qu\u2019entre 200 000 \u00e0 250 000 r\u00e9fugi\u00e9s hutus ont disparu pendant la progression de l\u2019AFDL.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>III \u2013 Utilisation tactigue de la d\u00e9sinformation et de la guerre Psychologique<\/strong><\/p>\n<p><strong>3.1: l\u2019Alliance ma\u00eetrise les cartes de l\u2019offensive<\/strong><\/p>\n<p>La phase pr\u00e9paratoire des op\u00e9rations de l\u2019AFDL a d\u00e9but\u00e9 avec l\u2019infiltration de commandos pilot\u00e9s par PAPR au Kivu, d\u00e8s la mi \u2013 octobre 1996. L\u2019objectif militaire consistait \u00e0 cr\u00e9er une zone d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 permanente avant le d\u00e9clenchement de l\u2019offensive, puis d\u2019attaquer l\u2019arri\u00e8re des d\u00e9fenses za\u00efroise lors de la progression des rebelles. Ce , proc\u00e9d\u00e9 est une technique qui avait \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e, avec succ\u00e8s, par le FPR au Rwanda en 1994 Lorsque cette tactique de gu\u00e9rilla ne permettait plus l\u2019infiltration et le d\u00e9bordement du dispositif adverse, des combats frontaux voyaient l\u2019engagement en force d\u2019unit\u00e9s constitu\u00e9es rwandaises. Ce fut notamment le cas \u00e0 Goma, o\u00f9 l\u2019APR a particip\u00e9 directement \u00e0 la prise de cette ville, dont l\u2019a\u00e9roport \u00e9tait \u00e0 port\u00e9e de son artillerie, afin d\u2019emp\u00eacher que cette position strat\u00e9gique ne devienne la plaque tournante d\u2019une \u00e9ventuelle intervention humanitaire.<\/p>\n<p>La d\u00e9sinformation a cach\u00e9 la plupart des actions des contingents \u00e9trangers pendant toute la phase de d\u00e9stabilisation des camps du Kivu. Le Rwanda et l\u2019Ouganda ont d\u00e9clar\u00e9 conjointement que leurs arm\u00e9es n\u2019\u00e9taient jamais rentr\u00e9es au Za\u00efre et que seul des d\u00e9serteurs avaient port\u00e9 assistance aux Banyaniulenge et aux Ngilima (Nord Kivu). D\u2019autres implications rwando -ougandaises plus directes ont \u00e9t\u00e9 relev\u00e9es \u00e0 cette \u00e9poque, notamment des combats contre la Division sp\u00e9ciale pr\u00e9sidentielle (DSP) du mar\u00e9chal Mobutu. L\u2019utilisation d\u2019uniformes communs (treillis camoufl\u00e9s, bottes) d\u00e9pourvus de tout marquages d\u2019unit\u00e9s a permis d\u2019int\u00e9grer discr\u00e8tement les contingents non\ufdd3za\u00efrois, tout en renfor\u00e7ant l\u2019effet de masse que peut d\u00e9gager une troupe disciplin\u00e9e et uniformis\u00e9e, en particulier dans un contexte africain.<\/p>\n<p>Au r\u00e9sultat, les FAZ ont \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res victimes de la guerre psychologique mise en place par les rebelles. L\u2019incapacit\u00e9 des troupes gouvernementales \u00e0 riposter \u00e0 la propagande de l\u2019AFDL, ainsi que leur discr\u00e9dit aupr\u00e8s de la population, a eu raison du peu de capacit\u00e9 op\u00e9rationnelle dont faisait preuve l\u2019arm\u00e9e za\u00efroise. La d\u00e9sinformation a ex\u00e9cut\u00e9 un travail de sape envers les populations civiles et militaires du Kivu, au travers de l\u2019utilisation de techniques visant \u00e0 cr\u00e9er un sentiment d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 vis \u00e0 vis des hommes de Kabila. Ce fut, par exemple, le cas de la surestimation des moyens militaires de l\u2019AFDL qui fut largement diffus\u00e9e aupr\u00e8s de la population et des forces arm\u00e9es za\u00efroises. Elle s\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019une politique de propagation de rumeurs afin de d\u00e9sorganiser le repli des FAZ. C\u2019est ainsi qu\u2019en f\u00e9vrier 1997 avait \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 la chute de la ville de Punia situ\u00e9e \u00e0 300 kilom\u00e8tres de la ligne de front, \u00e0 l\u2019\u00e9poque au sud de Kisangani.<br \/>\nLa d\u00e9sorganisation, l\u2019inaptitude au combat et le manque de moyens ont acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 la d\u00e9motivation des FAZ. Bon nombre d\u2019officiers, soucieux de pr\u00e9server leurs acquis et attir\u00e9s par l\u2019app\u00e2t du gain, vendaient tout, de leurs armes individuelles et collectives \u00e0 leurs dispositifs de combat. La d\u00e9sinformation sur le terrain a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 l\u2019effondrement de la r\u00e9sistance za\u00efroise et a permis aux forces r\u00e9guli\u00e8res du Rwanda de l\u2019Ouganda et de l\u2019Angola de combattre en toute discr\u00e9tion derri\u00e8re le paravent des jeunes recrues de l\u2019AFDL.<\/p>\n<p>Enfin, un dernier cas concret de l\u2019utilisation tactique de la d\u00e9sinformation peut \u00eatre apport\u00e9 avec les menaces diffus\u00e9es par la r\u00e9bellion Banyamulenge \u00e0 l\u2019encontre d\u2019une \u00e9ventuelle force d\u2019interposition internationale. Visant \u00e0 \u00e9viter le d\u00e9ploiement d\u2019une force capable, par sa seule pr\u00e9sence, d\u2019entraver la progression militaire de l\u2019Alliance, des rumeurs ont circul\u00e9 concernant la possibilit\u00e9 d\u2019attaques terroristes, en particulier contre un \u00e9ventuel contingent fran\u00e7ais. Ces menaces comprenaient notamment le sabotage des lignes logistiques, l\u2019attaque de cantonnements de la force multinationale et la destruction en vol par missiles antia\u00e9riens (SAM-7) d\u2019avions de transport. Au del\u00e0 de l\u2019objectif militaire, ces op\u00e9rations de harc\u00e8lement auraient eu pour but de saper, par leur retentissement m\u00e9diatique spectaculaire, la d\u00e9termination d\u2019une communaut\u00e9 internationale soucieuse de ne pas reproduire les traumatismes de l\u2019op\u00e9ration Restore Hope (Somalie, 1992).<\/p>\n<p><strong>3.2 le cas des mercenaires<\/strong><\/p>\n<p>Autre aspect de la d\u00e9sinformation tactique, la diabolisation des mercenaires occidentaux engag\u00e9s dans le conflit a bascul\u00e9 en faveur de l\u2019AFDL. Bien qu\u2019il existait des mercenaires dans les deux camps, seuls les hommes engag\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 de Mobutu ont ouvertement \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9s. Leurs r\u00e9sultats tactiques se sont montr\u00e9s d\u2019un int\u00e9r\u00eat tr\u00e8s relatif mais leur pr\u00e9sence a justifi\u00e9 la lev\u00e9e de boucliers diplomatiques au sein de la communaut\u00e9 internationale \u00e0 l\u2019encontre de Kinshasa. Mobutu comptait dans ses rangs trois groupes de mercenaires: une centaine de Serbes bas\u00e9s \u00e0 Kisangani, une trentaine d\u2019occidentaux (Fran\u00e7ais, Belges, Italiens \u2026 ) et quelques Russes ou Ukrainiens (essentiellement des pilotes d\u2019a\u00e9ronefs). Les Serbes n\u2019ont jamais pu combattre et se sont repli\u00e9s, rappel\u00e9s par Belgrade 4 le 14 mars 1997. D\u2019autres groupes, essentiellement fran\u00e7ais et belges, devaient rejoindre les occidentaux pour pallier \u00e0 ce d\u00e9part, mais l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la d\u00e9route des FAZ en a d\u00e9cid\u00e9 autrement. PAFDL disposait d\u2019une proportion \u00e9quivalente de mercenaires: des contingents africains aguerris (Ougandais, Rwandais, Erythr\u00e9ens), une trentaine d\u2019Am\u00e9ricains sans doute de l\u2019officine priv\u00e9e ONOEGA ainsi que des pilotes d\u2019a\u00e9ronefs anglo-saxons et russes. Engag\u00e9s uniquement dans des op\u00e9rations de soutien logistique (pont a\u00e9rien), ces mercenaires \u00ab blancs \u00bbde l\u2019Alliance n\u2019ont cependant pas particip\u00e9 directement au combat.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>IV \u2013 R\u00f4le des USA<\/strong><\/p>\n<p>Sans tomber dans un tropisme anti-am\u00e9ricain, force est de reconna\u00eetre que le soutien discret, voire occulte, que Washington a apport\u00e9 aux op\u00e9rations de l\u2019AFDL et du tandem rwando-ougandais s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 d\u00e9terminant, en particulier dans le domaine de la formation militaire. Le fait que le D\u00e9partement de la d\u00e9fense (DoD) ait \u00e0 r\u00e9pondre, \u00e0 la mi-97, de ses activit\u00e9s za\u00efroises devant une commission parlementaire t\u00e9moigne de l\u2019ampleur du soutien am\u00e9ricain. Les Etats-Unis ont fourni aux forces de l\u2019AFDL une l\u00e9gitimit\u00e9 politique par un soutien diplomatique, notamment via un intense lobbying pro-rwandais au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU, renforc\u00e9 d\u2019un soutien militaire discret qui regroupait un ensemble de moyens d\u00e9ploy\u00e9s sur les bases arri\u00e8res de l\u2019AFDL, au Rwanda.<\/p>\n<p><strong>4.1-activit\u00e9s diplomatiques et politiques am\u00e9ricaines<\/strong><\/p>\n<p>La forte pr\u00e9sence diplomatique am\u00e9ricaine dans la r\u00e9gion est la cons\u00e9quence de la politique instaur\u00e9e par Washington depuis la fin de la Guerre froide. Ayant prudemment rompu, en 1991, les ponts avec un r\u00e9gime mobutiste qui avait perdu\u2019 son importance strat\u00e9gique de la confrontation Est-Ouest, les Etats-Unis ont d\u00e9velopp\u00e9 un programme de coop\u00e9ration visant \u00e0 prendre pied dans la r\u00e9gion des Grands lacs. L\u2019Ouganda et, dans une moindre mesure, le Rwanda, ont ainsi b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un soutien diplomatique et financier am\u00e9ricain. Il est, de plus, \u00e0 remarquer que certains dirigeants de l\u2019Alliance sont issus du syst\u00e8me universitaire anglo-saxon, comme MM. Kongolo Muenz\u00e9 et Mawa Panga, respectivement ministres de la justice et de l\u2019agriculture de l\u2019actuel gouvernement de la toute jeune R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC)\u2026<br \/>\nPendant toute la crise au Za\u00efre, les Etats-Unis ont pratiqu\u00e9 un double jeu politique pour atteindre leur objectif :<\/p>\n<ul>\n<li>ils ont soutenu le pouvoir Mobutu \u00e0 travers l\u2019engagement de la CIA, charg\u00e9e de restructurer les services de renseignement des FAZ (r\u00e9habilitation du centre d\u2019\u00e9coute de Kisangani) alors que parall\u00e8lement, les Special Forces am\u00e9ricaines avaient form\u00e9 les unit\u00e9s rwandaises combattant aux cot\u00e9s des rebelles de Kabila,<\/li>\n<li>certaines entreprises am\u00e9ricaines ont sign\u00e9 des contrats commerciaux avec le r\u00e9gime Mobutu tout en contactant les hommes de Kabila pour des contrats similaires. C\u2019est le cas de la soci\u00e9t\u00e9 Barrick Gold Company, qui a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une concession de 83 000 km 2 dans le haut-Za\u00efre reconduite par M. Kabila. (La Barrick Gold Co est une soci\u00e9t\u00e9 canadienne dont le comit\u00e9 de direction compte parmi ses cadres 3 anciens directeurs de la CIA : l\u2019ex \u2013 pr\u00e9sident George Bush, Richard Helms, et M. Gates).<\/li>\n<li>L\u2019ambassadeur am\u00e9ricain \u00e0 Kinshasa a accus\u00e9 le Rwanda et l\u2019Ouganda d\u2019avoir agress\u00e9 le Za\u00efre en soutenant la r\u00e9bellion (d\u00e9claration du 11\/01\/97 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision za\u00efroise) pendant que le gouvernement am\u00e9ricain couvrait les incursions ainsi que le soutien de l\u2019APR et de l\u2019UPDF (forces arm\u00e9es ougandaises) aux rebelles, en pr\u00e9textant d\u00e8s le d\u00e9but du conflit qu\u2019il ne s\u2019agissait que \u00ab d\u2019unit\u00e9s locales non constitu\u00e9es \u00bb. Ce n\u2019est que lorsqu\u2019 il est devenu impossible d\u2019occulter les ing\u00e9rences rwando-ougandaises dans le conflit que Washington a demand\u00e9 officiellement le retrait de toutes les forces \u00e9trang\u00e8res du Za\u00efre y compris les mercenaires (sous entendu fran\u00e7ais et serbes). La centaine de mercenaires serbes post\u00e9e \u00e0 Kisangani s\u2019est ainsi repli\u00e9e sans combattre, cons\u00e9quence d\u2019une pression diplomatique directe des Am\u00e9ricains sur Belgrade.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Avec l\u2019annulation de l\u2019envoi de la force internationale d\u2019interposition, l\u2019habilet\u00e9 politique de l\u2019administration Clinton a consist\u00e9 \u00e0 donner l\u2019image d\u2019une volont\u00e9 de participation \u00e0 l\u2019intervention onusienne (r\u00e9unions militaires de Stuttgart), tout en mettant en exergue des d\u00e9clarations gouvernementales rwandaises relatives au bon retour de plus de 500 000 r\u00e9fugi\u00e9s du Kivu. Le retrait, avant m\u00eame sa mise en place, du plan d\u2019intervention de l\u2019ONU permettra ainsi aux rebelles de pousser rapidement leur progression vers le centre du Za\u00efre et de d\u00e9velopper leur contr\u00f4le militaire jusque l\u00e0 limit\u00e9 essentiellement \u00e0 l\u2019est du pays.<\/p>\n<p><strong>4.2 activit\u00e9s militaires am\u00e9ricaines<\/strong><\/p>\n<p>Les moyens militaires am\u00e9ricains sur le terrain ont eu pour mission de soutenir l\u2019action strat\u00e9gique de la diplomatie de Washington. A cette fin, deux outils militaires ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s<\/p>\n<ul>\n<li>l\u2019officine priv\u00e9e de s\u00e9curit\u00e9 am\u00e9ricaine MPRI (Military Professional Resources Incorporated), qui permet \u00e0 Washington, \u00e0 l\u2019instar de la firme OM[EGA, d\u2019apporter un soutien militaire discret et non officiel \u00e0 des alli\u00e9s diplomatiquement \u00ab encombrants \u00bb. MPRI est l\u2019\u00e9quivalent am\u00e9ricain de la soci\u00e9t\u00e9 sud-africaine Executive Outcome.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>le programme de coop\u00e9ration militaire IMET (International Military Education Training). Cette structure comprend deux volets: l\u2019un directement militaire et sous la direction des Forces sp\u00e9ciales am\u00e9ricaines (US Special Operation Forces-S0F), l\u2019autre \u00e0 vocation civile, le CIMIC (Civilian Military Corporation ou Civil Affairs).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les Special Forces, qui restent les seules unit\u00e9s am\u00e9ricaines b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une v\u00e9ritable connaissance pratique de l\u2019Afrique, sont les principaux instruments d\u2019action des Etats-Unis dans la r\u00e9gion. La plupart des conseillers et sp\u00e9cialistes militaires am\u00e9ricains d\u00e9ploy\u00e9s en Afrique appartiennent de pr\u00e8s ou de loin aux SOF. Cette pr\u00e9sence permet d\u2019avoir des personnels polyvalents disposant d\u2019une capacit\u00e9 propre \u00e0 leur sp\u00e9cialit\u00e9, doubl\u00e9e d\u2019une formation au renseignement. Leur efficacit\u00e9 est renforc\u00e9e par une bonne collaboration entre les diff\u00e9rents services (CIA, DIA). Dans la r\u00e9gion des Grands lacs, les 12 \u00e0 20 instructeurs SOF bas\u00e9s au Rwanda entre 1996 et 97 ont eu pour mission de :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>former<\/strong> les combattants Banyamulenge (Tutsi Zairois du Kivu) au camp rwandais de Gako au sud de Kigali, camp utilis\u00e9 \u00e0 l\u2019origine pour l\u2019entra\u00eenement des troupes de l\u2019APR. L\u2019instruction officieuse des Banyamulenges s\u2019est faite dans le cadre de l\u2019assistance am\u00e9ricaine au Rwanda. Les instructeurs am\u00e9ricains ont, de m\u00eame, dispens\u00e9 au profit de l\u2019Arm\u00e9e patriotique rwandaise (APR) une formation civilo- militaire ax\u00e9e sur le contr\u00f4le des population et la gestion des r\u00e9fugi\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li><strong> soutenir<\/strong> la politique de d\u00e9sinformation de l\u2019AFDL sur le terrain avec l\u2019aide des PSYOPS (Psychological Operation Groups) stationn\u00e9s au Rwanda et en Ouganda. Les PSYOPS ont g\u00e9r\u00e9 les actions psychologiques avant, pendant et apr\u00e8s les combats. Ils ont aid\u00e9 \u00e0 la diffusion d\u2019informations par le biais de radios locales et de moyens a\u00e9riens (largage de prospectus ou de petites radios portables).<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li><strong>supporter<\/strong> l\u2019offensive de l\u2019AFDL dans le domaine du renseignement, de la planification et de la logistique. Trois conseillers militaires am\u00e9ricains, dont l\u2019attach\u00e9 de d\u00e9fense et ex-n\u00b02 de la DIA en Afrique, M. Richard ORTH, ont ainsi particip\u00e9 aux planifications de l\u2019Etat- major de l\u2019AFDL.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le CIMIC regroupe l\u2019ensemble des mesures civiles d\u2019accompagnement d\u2019une op\u00e9ration militaire. Bien qu\u2019\u00e0 vocation principalement politique, le CIMIC administre \u00e9galement l\u2019aspect m\u00e9diatique de la crise (ma\u00eetrise de l\u2019information) avec l\u2019assistance des forces sp\u00e9ciales. Dernier aspect de l\u2019implication des Civil Affairs au Za\u00efre, les liens qu\u2019ils entretiennent avec les ONG anglo-saxonnes sous tutelle discr\u00e8te de Washington. C\u2019\u00e9tait le cas de USCR (US Commitee for Refugees) et d\u2019IRC (International Rescue Commitee) dont les liens \u00e9troits avec la CIA auraient permis l\u2019installation de pi\u00e8ces de D.C.A. \u00e0 Bukavu et \u00e0 Goma. IRC aurait aussi organis\u00e9 le paiement, sous forme de nourriture, du premier salaire des fonctionnaires de la nouvelle administration congolaise \u00e0 Bukavu.<\/p>\n<p>Le r\u00e9seau informatique Internet a \u00e9galement servi les moyens am\u00e9ricains avec la cr\u00e9ation du site Zaire Watch, bas\u00e9 pr\u00e8s de Langley (Virginie) (qui abrite aussi le quartier general de la CIA) financ\u00e9 par la compagnie mini\u00e8re canadienne BANRO (qui depuis a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 une concession sur une des mines d\u2019or les plus prometteuse : projet SAKIMA) et pilot\u00e9 par M. Marek, ancien officier de l\u2019US Air Force.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>V-Conclusion et enseignements<\/strong><\/p>\n<p>La d\u00e9sinformation a pris une place essentielle dans la crise politique et militaire intervenue au Za\u00efre entre ao\u00fbt 1996 et mai 1997. Ce r\u00f4le majeur est simplement li\u00e9 \u00e0 l\u2019importance que lui ont accord\u00e9 les troupes de l\u2019AFDL tout au long du conflit. Pr\u00e9par\u00e9e bien avant le d\u00e9but de l\u2019offensive, l\u2019action psychologique s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e de mani\u00e8re r\u00e9ellement professionnelle jusqu\u2019\u00e0 l\u2019effondrement du r\u00e9gime mobutiste. Ma\u00eetre de l\u2019information sur le terrain, les rebelles l\u2019ont savamment distill\u00e9s aux m\u00e9dias qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 en mesure de contrer cette situation. L\u2019erreur tactique des FAZ est de ne pas avoir pris en compte cet aspect de la guerre, incapables d\u2019esquisser la moindre action de contre-propagande.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le essentiel qu\u2019a jou\u00e9 la d\u00e9sinformation dans le conflit du Za\u00efre constitue un exemple avanc\u00e9 de guerre psychologique qui, \u00e0 bien des \u00e9gards, pourrait \u00eatre reproduit sur d\u2019autres th\u00e9\u00e2tres de conflit africains. Les op\u00e9rations militaires za\u00efroises se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s riches en enseignements militaires, qu\u2019ils soient \u00e0 dimension tactique ou strat\u00e9gique :<\/p>\n<ul>\n<li>les strat\u00e9gies de guerre psychologique sont extr\u00eamement bien adapt\u00e9es au th\u00e9\u00e2tre africain, o\u00f9 elles offrent un rapport co\u00fbt \u2013 efficacit\u00e9 remarquable et tirent un profit maximal de la r\u00e9ceptivit\u00e9 du caract\u00e8re africain \u00e0 la manipulation et \u00e0 l\u2019irrationalit\u00e9. Cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 africaine face \u00e0 une information ma\u00eetris\u00e9e est aggrav\u00e9e par la faible capacit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s aux m\u00e9dias des populations, qui d\u2019elles-m\u00eames amplifient les rumeurs.<\/li>\n<li>malgr\u00e9 des moyens mat\u00e9riels r\u00e9duits, des unit\u00e9s militaires africaines form\u00e9es sont totalement \u00e0 m\u00eame de conduire des op\u00e9rations de guerre psychologique \u00e0 grande \u00e9chelle. Dans le cas ougando-rwandais, le fait que ses dirigeants aient \u00e9t\u00e9 aguerris par de longues luttes de gu\u00e9rilla (M.Museveni a \u00e9t\u00e9 officier de renseignement) n\u2019est pas \u00e9tranger aux r\u00e9sultats obtenus contre les forces arm\u00e9es za\u00efroises,<\/li>\n<li>le jeu informel des alliances militaires de circonstance s\u2019affirme sur le continent africain. Au del\u00e0 du cas za\u00efrois, citons l\u2019entente Ouganda \u2013 Ethiopie \u2013 Erythr\u00e9e contre le Soudan ou la coop\u00e9ration entre le g\u00e9n\u00e9ral Sassou Nguesso et l\u2019Angola au Congo \u2013 Brazzaville.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L\u2019action psychologique men\u00e9e par les hommes de Kabila s\u2019est gagn\u00e9e bien avant le d\u00e9clenchement des hostilit\u00e9s. Elle doit donc \u00eatre d\u00e9tect\u00e9e le plus t\u00f4t possible afin \u00eatre en mesure de lancer une politique de contre \u2013 emploi d\u00e8s le commencement de la crise. De plus :<\/p>\n<ul>\n<li>par sa capacit\u00e9 \u00e0 ma\u00eetriser l\u2019information, l\u2019AFDL et ses partenaires r\u00e9gionaux et internationaux ont concr\u00e9tis\u00e9 sur le terrain une victoire qu\u2019ils avaient d\u00e9j\u00e0 remport\u00e9s sur le th\u00e9\u00e2tre des m\u00e9dias et de la d\u00e9sinformation. Dans un cadre pr\u00e9ventif, il appara\u00eet donc vital de <strong>d\u00e9tecter au plus vite les strat\u00e9gies de d\u00e9stabilisation m\u00e9diatique<\/strong>, sous peine de voir s\u2019effondrer pr\u00e9matur\u00e9ment la l\u00e9gitimit\u00e9 politique de notre intervention militaire.<\/li>\n<li>\u00e0 court terme, toute op\u00e9ration, en particulier \u00e0 vocation militaro \u2013 humanitaire, de nos forces en Afrique, qu\u2019elle se fasse dans un cadre national ou multinational, doit obligatoirement <strong>inclure une ma\u00eetrise de l\u2019information<\/strong>. Ceci est surtout indispensable dans la r\u00e9gion des Grands lacs, o\u00f9 les populations civiles semblent toujours marqu\u00e9es par les accusations de notre partialit\u00e9 lors de l\u2019op\u00e9ration Turquoise (Rwanda, 1994).<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Source: Infoguerre.fr. Publi\u00e9 le 22 juillet 2002. Cette fiche fait le point sur les op\u00e9rations de d\u00e9sinformation utilis\u00e9es lors des \u00e9v\u00e9nements politiques et militaires intervenus au Za\u00efre, entre ao\u00fbt 1996 et mai 1997. Elle met en outre en lumi\u00e8re l\u2019ampleur des strat\u00e9gies de guerre psychologique d\u00e9velopp\u00e9es par M. Kabila et ses alli\u00e9s r\u00e9gionaux (Rwanda, Ouganda, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3309,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"content-type":"","footnotes":""},"categories":[154,120,124],"tags":[],"class_list":["post-3305","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-etudes-rapports","category-mondialisation","category-politique-societe"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3305","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3305"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3305\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3305"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3305"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3305"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}