{"id":2708,"date":"2012-04-08T10:01:57","date_gmt":"2012-04-08T10:01:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ingeta.com\/?p=2708"},"modified":"2012-04-08T10:01:57","modified_gmt":"2012-04-08T10:01:57","slug":"les-femmes-de-maquis-oubliees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/congolobilelo.com\/IN\/les-femmes-de-maquis-oubliees\/","title":{"rendered":"Les Femmes de Maquis Oubli\u00e9es"},"content":{"rendered":"<p>\t\t\t\t<em>Par UNGUO Louise Bandinikay*, membre de la Ligue des M\u00e8res de la Nation.<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Pendant que je couche ces quelques lignes, je suis l\u00e0 r\u00eavassant, ne sachant que faire, tournant et retournant des pens\u00e9es dans ma t\u00eate. C\u2019est ainsi qu\u2019il m\u2019est venu l\u2019id\u00e9e de mettre ce petit passage de ma vie sur papier et cette travers\u00e9e je vais l\u2019intituler : \u00ab La femme combattante dans l\u2019oubli\u00bb.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ce fut un jour du mois de d\u00e9cembre de l\u2019ann\u00e9e 1964 que surgit la r\u00e9volution populaire des mulelistes, en Province Orientale. J\u2019avais juste 14 ans et venais de terminer mes humanit\u00e9s p\u00e9dagogiques au lyc\u00e9e de la Nepoko ; je devais continuer mes \u00e9tudes par la suite. C\u2019est \u00e0 mes parents, tous deux, de nobles travailleurs dans le service m\u00e9dical que je dois mon \u00e9ducation et mon instruction ; je leur en suis reconnaissante.<\/p>\n<p>A l\u2019entr\u00e9e de l\u2019arm\u00e9e populaire dans notre territoire de Wamba, je fus appr\u00e9hend\u00e9e et enlev\u00e9e, par des miliciens, avec une de mes ni\u00e8ces alors qu\u2019on se rendait au couvent des religieuses pour nous informer de la situation des s\u0153urs viol\u00e9es et tortur\u00e9es et dont l\u2019une d\u2019elles f\u00fbt tu\u00e9e, la s\u0153ur Anuarit\u00e9 Nengapeta Marie Cl\u00e9mentine. Parmi ces religieuses, il y avait la s\u0153ur Jean Baptiste Gbukuma, qui \u00e9tait ma ni\u00e8ce et avait un bras fractur\u00e9 en deux et des blessures sur tout le corps.<\/p>\n<p>Depuis ce fameux jour, j\u2019ai d\u00fb me plier aux exigences des miliciens et ce f\u00fbt le d\u00e9but du calvaire pour ma ni\u00e8ce, Pauline Gbukuma, et moi &#8211; m\u00eame. Les leaders qui conduisaient les op\u00e9rations nous trimballaient partout. L\u2019un d\u2019eux m\u2019enleva de chez mes parents avec la promesse de me faire \u00e9tudier \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour \u00e9pargner la vie des miens et m\u2019emporta. Quand on fut loin de ma famille, les bonnes paroles se sont envol\u00e9es et je fus viol\u00e9e et maltrait\u00e9e \u00e0 cause de ma r\u00e9sistance.<\/p>\n<p>Au front, je m\u2019occupais des soins des bless\u00e9s et je faisais la cuisine du lieutenant g\u00e9n\u00e9ral Olunga, le chef des op\u00e9rations.<\/p>\n<p>Lorsque la r\u00e9bellion fut m\u00e2t\u00e9e, on prit le chemin de l\u2019\u00e9tranger par le Soudan.<\/p>\n<p>La vie \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour moi n\u2019\u00e9tait pas du tout rose. Etant na\u00efve et sortie \u00e0 peine de l\u2019\u00e9cole, je n\u2019avais surtout pas aim\u00e9 la voie emprunt\u00e9e pour en arriver l\u00e0, n\u2019y \u00e9tant pas parvenue de mon plein gr\u00e9. C\u2019\u00e9tait bizarre pour moi. Etant incarc\u00e9r\u00e9e par le leader, je n\u2019avais pas de visites ni de contacts. J\u2019ai v\u00e9cu dans la solitude, au d\u00e9but ; par la suite je m\u2019y suis habitu\u00e9e. Le leader m\u2019a int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 la politique de mon pays en me racontant l\u2019histoire de la colonisation et de l\u2019ind\u00e9pendance, et en m\u2019expliquant la cause du soul\u00e8vement de la population du aux mauvais traitements des populations, \u00e0 l\u2019injustice sociale et \u00e0 la dictature de certains dirigeants qui \u00e9taient au pouvoir. Il m\u2019emmenait dans des conf\u00e9rences et dans des ambassades et consulats des pays qui soutenaient la cause. J\u2019ai aim\u00e9 et j\u2019ai eu moi aussi la vocation de mener la lutte pour mon pays.<\/p>\n<p>En 1965-67, je vivais chez Pauline Opango, la veuve de Lumumba, pendant que mon conjoint \u00e9tait au front. J\u2019ai eu l\u2019ample occasion de rencontrer et de servir tous les dirigeants congolais qui \u00e9taient de passage chez madame Lumumba qui r\u00e9sidait en Egypte en ce temps l\u00e0. Le chaos laiss\u00e9 derri\u00e8re nous m\u2019occasionnait une douleur permanente ; j\u2019ignorais si mes parents \u00e9taient vivants ou morts. Au Caire, \u00e9tant catholique pratiquante, j\u2019ai confi\u00e9 aux p\u00e8res d\u2019une congr\u00e9gation de Zamalec, la mission de retrouver mes parents, via les congr\u00e9gations religieuses des s\u0153urs de l\u2019Enfant J\u00e9sus \u00e0 Nivelles (Belgique) dont un couvent se trouve \u00e0 Wamba. Ma famille a eu la joie de me savoir vivante et moi-m\u00eame, de mon c\u00f4t\u00e9, je me suis sentie lib\u00e9r\u00e9e d\u2019un fardeau qui me pesait sur le c\u0153ur.<\/p>\n<p>Ce furent alors Laurent D\u00e9sir\u00e9 Kabila, Kanza Thomas, Gbenye Christophe, Soumaliot Gaston, Gizenga Antoine, Albert Kisanga, Nyati Bulamandungu Thony et beaucoup d\u2019autres militants et combattants, que je ne peux continuer \u00e0 mentionner de peur de remplir toute la feuille, qui d\u00e9fil\u00e8rent. J\u2019\u00e9tais devenue nationaliste et patriote, j\u2019avais le souci de mon peuple, de l\u2019ext\u00e9rieur o\u00f9 je voyais et vivais la r\u00e9alit\u00e9 de la situation politique du pays.<\/p>\n<p>Le Lumumbisme m\u2019a conduit \u00e0 conna\u00eetre beaucoup d\u2019autres lieux comme l\u2019Ouganda, la Tanzanie, le Kenya, le Soudan, la R\u00e9publique Centre Africaine. Dans ces pays l\u00e0, les peuples avaient aussi leur histoire sur la libert\u00e9. Pendant les luttes de lib\u00e9ration, des femmes \u00e9taient victimes de toutes sortes d\u2019exactions : elles \u00e9taient viol\u00e9es, d\u00e9port\u00e9es et forc\u00e9es \u00e0 toutes esp\u00e8ces de travaux sans r\u00e9mun\u00e9rations ni remerciements. Je pense \u00e0 ma co-victime d\u2019alors, ma ni\u00e8ce Pauline Gbukuma, retourn\u00e9e d\u2019exil et d\u00e9c\u00e9d\u00e9e depuis.<\/p>\n<p>Mais la lutte continua jusqu\u2019au bon jour du 17 mai 1997 o\u00f9 nous avons enfin obtenu ce que nous cherchions depuis 1964, 33 ans apr\u00e8s un combat de longue haleine, une longue marche et de p\u00e9nibles moments.<\/p>\n<p>Nous voici maintenant arriv\u00e9s dans le couloir du paradis pour les unes et celui de l\u2019enfer pour les autres car aujourd\u2019hui la femme viol\u00e9e, d\u00e9port\u00e9e, tortur\u00e9e, arrach\u00e9e \u00e0 sa famille pendant l\u2019atroce guerre de 1964 et de1997 ne se retrouve nulle part. Il n\u2019y a m\u00eame pas de m\u00e9morial son intention et les rescap\u00e9es, t\u00e9moins vivants de cette situation croupissent dans le silence, dans la mis\u00e8re et dans l\u2019oubli total, observant et subissant la r\u00e9alit\u00e9 de ce monde.<\/p>\n<p>Je fais allusion \u00e0 moi-m\u00eame, Madame UNGUO BANDINIKAY M.LOUISE, auteure de ce t\u00e9moignage.<\/p>\n<p>Mes souhaits sont :<\/p>\n<p>LA RECONNAISSANCE<br \/>\nQue l\u2019histoire reconnaisse l\u2019\u0153uvre des femmes de maquis en les mentionnant dans les livres d\u2019histoire, qu\u2019il soit \u00e9lev\u00e9 dans toute la r\u00e9publique, un monument \u00e0 leur honneur ou une plaque comm\u00e9morative, qu\u2019il y ait une r\u00e9paration collective par le biais d\u2019une cellule de coordination nationale rattach\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sidence de la r\u00e9publique en vue d\u2019un recensement contr\u00f4l\u00e9e et dirig\u00e9e par l\u2019initiatrice.<\/p>\n<p>LA REPARATION<br \/>\nD\u00e9dommager ces oubli\u00e9es de notre histoire par une prime mensuelle, des bourses d\u2019\u00e9tudes pour l\u2019acc\u00e8s de leurs enfants aux \u00e9tudes sup\u00e9rieures ou universitaires et la distribution d\u2019une concession dans chaque province ou district.<\/p>\n<p>L\u2019EXPERTISE<br \/>\nUtilisation de ces femmes comme personnes ressources afin d\u2019encadrer et d\u2019appuyer les femmes victimes des guerres actuelles<\/p>\n<p>RESOLUTION<br \/>\nMa vive r\u00e9solution est d\u2019aller de l\u2019avant et ma d\u00e9termination est d\u2019avoir le flambeau de la libert\u00e9 \u00e0 tout niveau, perch\u00e9 au haut du cr\u00e9neau afin que toutes celles d\u2019aujourd\u2019hui o\u00f9 de demain puissent, elles aussi suivre l\u2019exemple de plusieurs d\u2019entre elles qui ont sacrifi\u00e9 de leur vie.<\/p>\n<p>CONCLUSION<br \/>\nJe pr\u00eate main forte \u00e0 toutes celles qui de loin ou de pr\u00e8s bien venir au secours de l\u2019\u00e9lite congolaise de demain. Je conseille aux membres de la Ligue des M\u00e8res de la Nation, de se tenir coude \u00e0 coude et de faire la diff\u00e9rence afin que l\u2019objectif soit atteint et que la flamme de l\u2019esp\u00e9rance brille dans le c\u0153ur de toutes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>*Je m\u2019appelle UNGUO Louise Bandinikay. Je suis m\u00e8re de 9 enfants et suis n\u00e9e \u00e0 Mongwalu, le 11\/11\/1948..Je suis originaire du territoire de Wamba, district du Haut-Uele et province Orientale. Fille de UNGUO Bruno et Baningina Amboko Sophie : tous deux ont \u00e9volu\u00e9s au service m\u00e9dical en milieu rural. Cette exp\u00e9rience de mes parents a \u00e9veill\u00e9 en moi le d\u00e9sir de servir les autres. Les r\u00e9volutionnaires m\u2019emport\u00e8rent malgr\u00e9 moi. J\u2019ai v\u00e9cu les maquis et le syndrome de Copenhague agissant, j\u2019ai adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 leurs id\u00e9es ; j\u2019ai connu l\u2019exil. En 1975, je fus chef de la d\u00e9l\u00e9gation de femmes du territoire de Bafwasende \u00e0 Kinshasa pour la proclamation de l\u2019ann\u00e9e Internationale de la femme. A la victoire du maquis de l\u2019Est je me retrouve \u00e0 Isiro o\u00f9 je m\u2019occupe de ma maisonn\u00e9e. La guerre d\u2019agression de 1998 emm\u00e8ne \u00e0 Isiro mon compagnon de lutte et nous reprenons les routes pour lib\u00e9rer les territoires \u00ab Isiro, Dingila, Ango, R.C.A.(Zernico), Gbadolite et Kinshasa \u00bb.<\/em>\t\t<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par UNGUO Louise Bandinikay*, membre de la Ligue des M\u00e8res de la Nation. Pendant que je couche ces quelques lignes, je suis l\u00e0 r\u00eavassant, ne sachant que faire, tournant et retournant des pens\u00e9es dans ma t\u00eate. 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