Le 2 août, comme chaque année depuis 2013, nous avons été nombreux à marcher et à manifester pour le Genocost.
Pour dire que nous n’avons pas oublié les morts congolais et que nous ne sommes pas résignés. Mais une marche, c’est comme une respiration. Elle gonfle la poitrine, elle donne de l’air. Puis elle retombe. Alors, la question qui vient, c’est : Pourquoi marcher?
Pourquoi marcher ?
Parce que marcher, c’est dire : nous sommes encore debout. Le drame ne nous a pas paralysé. La douleur ne nous a pas réduits au silence. Une marche formule un grief, mais elle dessine aussi une direction.
Pour certains, ce sera une prise de conscience. Pour d’autres, une rencontre qui devient projet. Pour d’autres encore, un tremplin. Dans tous les cas, marcher, manifester permet de (se) construire, renforcer ou affirmer un rapport de force. Ce n’est jamais rien. Mais ce n’est jamais suffisant.
Un peuple debout n’est pas un peuple vainqueur. Il est seulement un peuple qui n’a pas encore perdu. Entre les deux, il y a un travail : celui de créer et développer les moyens de sa propre lutte.
Et pour cela, il n’y a pas besoin que tout le monde fasse la même chose. La force d’un mouvement, c’est justement sa division du travail. Certains organisent, d’autres écrivent, d’autres financent, d’autres forment. Ce qui compte, c’est que, comme le suggère l’abbé Jean-Pierre Mbelu, chacun devienne un créateur de valeur.
Pourquoi les collectifs citoyens
Une indignation individuelle s’épuise vite. Elle s’exprime, elle soulage, puis elle se dissout dans le quotidien. Un collectif, lui, capte cette énergie avant qu’elle ne se disperse et la transforme en structure : mémoire commune, division des tâches, continuité dans le temps.
C’est particulièrement vrai pour une diaspora dispersée géographiquement : sans collectif, chacun agit seul, dans son coin, avec ses moyens limités. Avec un collectif, les forces s’additionnent au lieu de s’isoler. Le collectif est ce qui permet de passer d’un rapport de force ponctuel, le jour de la marche, à un rapport de force installé, les mois et années qui suivent.
C’est le sens de l’appel à s’organiser en collectifs citoyens, porté par Likambo Ya Mabele : «Mobiliser les collectifs citoyens à la base du pays et dans les diasporas permettra de recréer des liens de confiance, familiaux, fédérateurs et assurer la cohésion nationale et sociale. Cela permettra également d’apprendre à changer les rapports des forces… »
Pour un feu orienté
Le réalisateur Abderrahmane Sissako le formule avec justesse : s’indigner est devenu presque une mode, mais l’indignation seule ne suffit pas. Il faut que cette colère s’invite dans le travail de chacun. Sinon, c’est manquer d’honnêteté.
Une indignation qui ne débouche sur rien devient de la fumée : elle monte, elle se fait voir, puis elle disparaît dans le ciel sans laisser de trace. Une indignation organisée devient braise : elle reste chaude sous la cendre, elle couve, prête à rallumer le feu quand il le faut.
Et nous avons besoin de ce feu, non pas d’un feu sans direction qui brûle tout ce qu’il touche, mais un feu orienté qui chauffe, éclaire et forge.
La marche du 2 août est terminée. La vôtre doit se poursuivre ou commencer peut-être maintenant… Dans le travail discret et têtu qui transforme une colère d’un jour en une force qui dure.